26 avr. 2013

Iron Man 3

Iron Man 3

Shane Black
2013

Film : Américain
Genre : Action Marvel sauce 80's
Avec : Robert Downey Jr, Gwyneth Paltrow




Synopsis

Après l'attaque alien sur New York où Tony Stark a sauvé le monde avec ses compagnons Avengers, il se retrouve traumatisé par l'expérience, et passe le plus clair de son temps à travailler dans son labo sur un tas d'améliorations pour ses armures. Cependant, un terroriste particulièrement abominable, se faisant appeler le Mandarin menace directement les États-Unis après une série d'attaque à la bombe sur le globe. Tony Stark croit bon de le provoquer directement, mais il se trouve alors pris pour cible par le terroriste.

Avis

Shane Black vous connaissez? Mais si, c'est le scénariste d'un tas de super films! ... Dans les années 80. Excusez du peu, Monsieur Black commence sa carrière par un coup d'éclat, il écrit le scénario d'un buddy cop movie, mais pas n'importe lequel : l'Arme Fatale. Bon, outre une affection pour les titres de film bien bien kitch qui veulent rien dire, on admire tout de même la qualité de son intrigue pour un minot à l'époque. Suivent des années fastes, remplies de succès pour le scénariste qui tourne même dans quelques petits rôles (le nerd à lunettes dans Predator qui se fait trucider vite fait, oui, oui, c'était lui) mais c'est essentiellement ses scripts qu'on retient : L'Arme Fatale donc, sa suite (le meilleur de tous, soit dit en passant) mais aussi le Dernier Samaritain, un "classic Bruce Willis" signé Tony Scott, autre Monsieur action de l'époque, ou encore le satyrique Last Action Hero, comédie délirante parodiant à merveille ce genre de films à base de duo de flics, de courses poursuites nocturnes dans une cité américaine de préférence bling bling (au hasard, Los Angeles, New York ou Miami) et forcément de grosses fusillades et explosions.

Oui mais voilà, ces belles années c'était y a 20 ans. Depuis, qu'était devenu Shane? 2005: Kiss Kiss Bang Bang. Déjà avec RDJ tiens. Je me souviens avoir vu ce film au ciné. Si je me souviens d'autre chose concernant ce film? Absolument pas. J'ai quelques vagues souvenirs de répliques bien senties entre Robert Downey Jr et Val Kilmer, des "bang bang" promis par le titre, et aucun souvenir de l'intrigue. C'est plutôt mauvais signe pour un film ayant moins de 10 ans, réalisé par un scénariste de génie. Ce qui nous amène donc 8 ans plus tard à cet Iron Man 3. Pardon pour l'intro un peu longue, mais croyez moi, une mise au point était vraiment nécessaire pour comprendre à quoi on a à faire ici.

Parce que en sortant de la salle de ciné, je me suis demandé si j'étais revenu en 1993. Quand j'ai vu la bande-annonce de Jurassic Park, avant le film, j'aurai dû me méfier. Iron Man 3 est un Shane Black période Arme Fatale. Tout y est! Les clichés du buddy cop movie, le gamin énervant qui ne prend même pas le temps d'être cool comme celui de Last Action Hero, la scène finale dans un port de fret la nuit, la villa bling bling du méchant en plein Miami gardée par des types en costard, un bout de l'intrigue façon Air Force One avec Harrisson Ford (sorti en... 1993? Nan, 1997, c'était pas loin!) et d'ailleurs notre ami le Président Américain joué par William Sadler qui s'amusait en 1990 a faire un kata nu devant son miroir avant de prendre d'assaut un aéroport dans 58 Minutes pour vivre.

Je vous le dis! Ce long métrage fleure bon les années de mon enfance. En réalité, à part les effets spéciaux vraiment époustouflants (mais en même temps c'est dans le cahier des charges) TOUT nous vient directement de la décennie 1987-1997. Même le générique de fin est calibré façon sitcom 80s! Y manque plus qu'une musique genre "Y faut de tout pour faire un monde" Oh wait! Même la musique du générique est clicheton! Madame est servie style.

Mais, mais, il y a bien des choses pour rattraper l'ensemble malgré tout non? Le Mandarin, par exemple! Il a forcément la classe! Ben Kingsley c'est un super acteur. Ha ça, pour être un grand acteur, oui, c'est le mot. Dommage que son comparse Guy Pearce nous serve du cabotinage sans limite dans le rôle du méchant #2, tout en grimace et en réactions wtf comme quand il flingue des gens supposément importants dans le script sans raison valable. On passe aussi sur l'intro genre "Bouhou y a 13 ans j'étais jeune et stupide, alors pourquoi m'en vouloir pour ce que j'ai fait à l'époque qui t'a transformé en cabotineur niveau WWE?"

Entendons nous. Le scénario est d'une platitude que n'aurait pas renié Jacques Brel. Tellement plat qu'on voit venir les twists du script bien avant qu'ils aient passé la ligne d'horizon. D'ailleurs quand Stark... Parle comme ça... Avec une pause entre chaque bout de phrase, on peut... Facilement anticiper... Ce qu'il va dire! Amusant au début, mais à la fin, franchement, marre.

Iron Man 2 non plus ne brillait certes pas par son scénario pourtant. Ca ne l’empêchait pas d'être un film divertissant et d'assez bonne facture. A vrai dire, il suffisait à Tony Stark d'enfiler son armure, de sortir une réplique bien badass et de tout faire péter, et on se sentait kiffer. Le problème vient là encore du script. Pour mettre Iron Man en position de faiblesse, "t'as vu c'est un super héros, mais il a des doutes", toussa, Shane Black a la bonne idée de nous extirper RDJ de son armure à peine a-t-il mit les pieds dedans, et de toute façon quand il y est, elle déconne. A la fin, lui et son armure c'est même "j'entre, je sors, j'entre, je sors" (N'y voyez là aucune allusion inappropriée) . Résultat, c'est en mode Arme Fatale que Stark va dézinguer du méchant à coup de flingue, dos à dos avec son poto Don Cheadle. Qui a dit... C'est quoi le mot déjà... Cliché?

Du coup, on ressort de ce film avec un drôle de gout doux amer sur la langue. Du genre comme quand on boit un banga périmé. (Forcément, ce truc est plus produit depuis 99. Hum encore les années 90... Coïncidence? Je ne crois pas.) Certes c'est chouette, ça fait piou piou bang boum crash dans tous les sens, on en a plein la vue, c'est coloré (comme Banga) mais, vraiment, revenir 20-25 ans en arrière sur un block buster pareil, était-ce judicieux? Servir un monument de clichés datés, empilés les uns sur les autres, était-ce la meilleure façon d'embrayer la phase post-Avengers des films Marvel? Libre à chacun de se faire son avis sur la question.




Notation

Réalisation : 6/10

Des jolis effets spéciaux, comme d'habitude dans ce genre de film. Rien qu'à voir la liste hallucinante de gens ayant bossé sur les effets visuels, faut bien leur rendre hommage. Parce qu'en dehors de ça, c'est vachement brouillon, les plans sont montés très courts avec une réalisation clip, ça fait un peu mal aux yeux, surtout en 3D. A coté de ça l'ambiance est un ratée, tantôt vraiment trop 90s comme à la fin, tantôt hyper actuelle comme au début du film. En fait, y a pas d'ambiance visuelle propre. C'est un patchwork plutôt. Tenu ensemble par les effets spéciaux spectaculaires.

Son : 5/10

Jusqu'à présent, la voix de Tony Stark était plutôt cool. Bon, là ça tient à l'écriture, mais dans la scène post générique j'aurai pu le baffer pour qu'il arrête avec sa voix off et ses intonations arrogantes. Mais et la musique alors? Datée? Désuète? Carrément hors contexte voir invisible? Check. Ce générique de fin! Allô! Nan mais allô quoi! T'es en 2013 tu prends une musique de sitcom!

Scénario : 4/10

Comment foutre en l'air le scénar d'un block-buster? Je sais pas, confiez le script à un has-been qu'a rien écrit de décent depuis 20 ans par exemple. Excellente idée pour que le moindre retournement scénaristique soit visible à 20km et que les acteurs cabotinent comme aux plus belles heures du cinéma d'action des années 80. Saupoudrez d'une pincée de bonnes idées sous exploitées, du style un méchant charismatique qui regarde des matchs de foot (ça casse un peu le mythe, j'dois dire, même si moi aussi j'aime bien regarder Liverpool battre Chelsea) et vous me faites mijoter tout ça dans un contexte de cinéma périmé depuis une génération, idéalement servi réchauffé.

Interprétation : 6/10

Par quoi je commence? Tony Stark en pleine introspection qui se la joue Docteur House, l'antipathique au grand coeur sujet à des crises de panique? Don Cheadle en side-kick cool "mais surtout reste bien en second plan, c'est pas toi le héros"? Ou alors peut être Gwyneth Paltrow, vierge effarouchée qui nem cré cré fort son Iron Man chéri et qui veut le protéger quand il passe par une phase de doute? Ou encore Guy Pearce "n'est pas Brad Pitt qui veut" cabotin dans l'âme qui après le rôle de vieux crouton machiavélique de Prometheus s'essaye au jeune quadra machiavélique qui crache du feu? Heureusement que Ben Kingsley est là... Enfin, si on veut.

Note générale : 5/10

Avengers, ça c'était cool. Des égos de super héros à gérer pour Nick Fury, des méchants stylés, un porte-avion volant que j'veux le même dans mon jardin, et un Iron Man en très grande forme, on en convient. Bah fallait en profiter l'année dernière, parce que ce genre de super production géniale signée Joss Whedon c'est terminé. Fini les Marvels par les geeks pour les geeks, voici les Marvels par les has-been pour les has-been. Ok, pour une soirée ciné entre potes ça passe, le spectacle et l'humour sont globalement au rendez-vous, dans tout autre contexte, non, ça le fait moins.


 

"Me, I'm just a guy in a can" 

22 avr. 2013

Oblivion

Oblivion

Joseph Kosinski
2013

Film : Américain
Genre : Science-fiction post-apo largement référencée
Avec : Tom Cruise, Morgan Freeman, Olga Kurylenko




Synopsis

En 2017, la Terre a été attaquée par les Chacals. L’Humanité a vaillamment combattu pour gagner la guerre, mais la terre était ravagée, ne lui laissant pas d'autre choix que d’immigrer sur Titan. Seuls restent sur Terre Jack et Victoria, deux techniciens chargés de la maintenance des drones surveillant les stations de pompage qui convertissent l'eau de mer en énergie pour le Tet, la station spatiale qui emmènera la race humaine sur sa nouvelle planète d'adoption. Mais Jack qui arpente la seule zone non irradiée de la Terre aux alentours de New York pour y réparer les drones, ne semble pas enclin à vouloir quitter sa planète à la fin de sa mission, malgré la dévastation et les Chacals qui le prennent toujours pour cible, des années après la fin de la guerre. Comme si quelque chose, ou quelqu'un le retenait ici bas.

Avis

Pas vraiment encore une référence du cinéma de SF, Joseph Kosinski a néanmoins un sens de l'image assez particulier. Oblivion est à l'origine un roman graphique qu'il avait imaginé en 2000. En ce sens, le film qu'il en tire est à l'image d'un univers de science fiction imaginé par un jeune de 25 ans, passionné de SF et de graphisme. Post-apocalyptique, esthétique, et ultra référencé.

Post-apocalyptique, oui, car le XXIe siècle est un monde cyber-punk où la menace de destruction totale de la planète est un enjeu majeur qui marque tout particulièrement la jeunesse dont les espérances se sont nettement réduites par rapport à celle de nos aïeux. Le monde d'Oblivion est pessimiste: l'Homme a gagné, mais à quel prix? Celui de sa planète, son foyer... Les vestiges de la civilisation se retrouvent ici ensevelis, dévastés, démantibulés. Et le contraste de la Tour où vivent Jack et Victoria, perchée sur les cimes, immaculée souligne l'infinitésimale bulle de modernité et d'espoir qu'il reste à cette planète. Mais cette bulle parait froide et lointaine. A l'image du Tet.

Esthétique, car la façon de filmer cet univers froid, ses paysages sauvages d'une nature ayant balayée presque totalement les vestiges de l'Humanité, et les effets spéciaux à la fois sobres et vraiment bluffant, relève d'une recherche constante de l'image, digne d'un graphiste de formation apportant son oeil sur le moindre détail, le moindre effet de lumière pour un résultat vraiment léché.

Ultra référencé, parce que malgré la maitrise globale, chaque plan, chaque idée, chaque minute presque du film, est un hommage plus ou moins flagrant à la grande famille du cinéma de SF et plus largement à celui de Tom Cruise auquel le réalisateur s'amuse à glisser quelques clins d'oeil. D'une part, l'univers ne manquera pas de rappeler La Planète des Singes, les Chacals eux sont des sortes de Predators, mais mis en scène comme des hommes des sables de SW, scrutant leur proie de loin avant de l'encercler, la Tour, les drones et le Tet ont quelque chose de Kubrikien, presque effrayants, (une impression de 2001 qui se confirme vers la fin du film d'ailleurs), et sans entrer dans le détail on peu citer pèle mêle d'autres clins d'oeil à The Island, Independance Day, Blade Runner, Moon, de multiples autres images faisant penser à la saga Star Wars, et pour ce qui est de la carrière de Tom Cruise, un chouia de Top Gun avec la poursuite en aéronef, les lunettes ou la moto, du Mission Impossible au début... Et je vous jure que dans tout ça la liste n'est pas encore exhaustive.

Du coup, que faut il penser d'un film comme ça, qui se borne à reprendre des idées à droite à gauche, des plans à tel ou tel film, des lignes de scénario chez telle ou telle référence? Hurler au plagiat et décréter de facto l'inintérêt de ce long-métrage? J'ai préféré y voir une foule d'hommage plus ou moins dissimulés et l'histoire écrite par un jeune d'une vingtaine d'années et qui a la chance de la porter sur grand écran avec un budget colossal quelques 15 ans plus tard. Car si Joseph Kosinski n'est plus un jeune rêveur, son histoire, à l'instar de Luc Besson quand il ébauche le Cinquième Element, elle, date de ses plus jeunes années, et synthétise toutes les influences qu'on y accumule.

En contre-partie, Oblivion récuse une âme qui aurai transporté un bon film de SF au panthéon du genre. Bien que le pari de faire un film plus posé que ce qu'on a l'habitude de voir soit notable, et que d'ailleurs l'équilibre soit bien trouvé entre calme et action (sauf au début) l'absence de réelle "killer idea" ou d'un truc en plus laisse Oblivion au niveau des divertissements très sympathiques, avec une petite mention pour son côté esthétique.




Notation

Réalisation : 9/10

Il faut avouer que le film est beau. Décors et paysages magnifiques, images de synthèse particulièrement réussies, ambiance de Terre meurtrie et désolée vraiment palpable, la réalisation de l'Américain est quasi exempt de reproches. Le coucher de soleil et de Tet sur la Tour 49 laisse rêveur, et on s’imaginerait bien contempler celui ci depuis la piscine en charmante compagnie, je vous l'accorde.

Son : 8/10

La bande son des français de M83 est plutôt discrète, mais passe bien. C'est vrai qu'elle manque parfois d'originalité, me rappelant par moment celle du jeu Mass Effect, mais elle colle à l'ambiance minimaliste et épurée que laisse transparaitre la plastique des images. Et puis même si c'est un peu kitch, Procol Arum et Led Zep c'est cool.

Scénario : 6/10

Sans être sans surprise, le scénario se montre souvent convenu. Les références à nombre de classiques de la science fiction ne sont pas seulement visuelles, et on les retrouve aussi dans l'écriture. Par ailleurs l'histoire ne passe pas à coté de certains clichés franchement ringards qui mettent en scène un Tom Cruise en chemise à carreaux par exemple, ou une demande en mariage scabreuse...

Interprétation : 7/10

Tom Cruise est étonnant de sobriété dans ce film. Moi qui craignait le voir en mode méga super héros seul au monde façon Bruce Will-is Smith, le voila plutôt réservé, pas trop trop bogoss (même s'il a des gonzesses toujours deux fois plus jeunes que lui) il est bien dans ses baskets dans ce rôle au final. Quant au reste du casting, peut être moins mis en valeur par le scénario (dommage que Nikolaj Coster-Waldau garde son coté side-kick badass mais qui s'illustre à peine) moi je retiens quand même le charme d'Andrea Riseborough dont la vivacité et l'expressivité contraste un peu avec Olga Kurylenko, palotte dans le film.

Note générale : 7/10

Oblivion ne sera pas le film de SF de l'année, surtout qu'on attend le second Star Trek, mais il reste une bonne surprise pour les amateurs du genre qui ne seront pas exaspérés par les références quasi continuelles et la convenance du scénario. Et puis, il a sa qualité visuelle pour lui, rendant l'ensemble franchement appréciable quand on n'en attend pas non plus l'impossible.




"That is one pissed off weapon!"