11 févr. 2012

L'Exorciste

L'Exorciste

William Friedkin
1973

Film : Américain
Genre : Thriller horrifique old-school
Avec : Ellen Burstyn


  

    
Synopsis

Pendant le tournage d'un film à Washington, l'actrice Chris MacNeil vit en compagnie de sa fille dans une maison des beaux quartiers avec majordome et gouvernante. Si la petite Reagan a tout d'une jeune fille modèle, son comportement évolue, accompagné de phénomènes étranges dans la maison, ce qui alarme Chris qui décide de la faire consulter médecins et psychiatres. Ceux ci diagnostiquent un trouble comportemental, mais elle refuse catégoriquement de faire interner sa fille dont l'état empire. Lorsque son metteur en scène est tué alors qu'il se trouvait seul dans la maison en compagnie de Reagan, Chris décide de se tourner vers le père Karras, prêtre psychiatre encore marqué par la mort de sa mère, pour qu'il pratique un exorcisme.

Avis

Il y a des films qui font référence dans le cinéma d'angoisse. Si Hitchcock dans les années 50-60 a posé les fondement du thriller d'horreur, L'Exorciste est l'héritier le plus direct de ce genre, incorporant une dimension fantastique qui porte le thriller à un autre niveau d'angoisse, et sert de fait de pont vers la vague de films d'horreur de la fin des années 70 et le début des années 80. Bref, L'Exorciste est une légende qui traverse les décennies en inspirant toujours les mêmes frissons au spectateur, jeune ou vieux qui découvre son histoire.

Ce n'est un secret pour personne, la marque des grands films est précisément leur intemporalité, dans la réalisation comme dans l'écriture. Et si les effets spéciaux accusent leur age, ce qui est particulièrement vrai pour un film qui va bientôt fêter ses quarante bougies, on se trouve ici face à un grand film qui peut sans doute dérouter, déranger, et certainement effrayer, mais qui touche par la complexité des thèmes abordés, et la qualité de sa facture.

A titre personnel j'ai vu le film il y a une dizaine d'années lors de sa ressortie en salles version director's cut. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'à 14 ans on ne perçoit pas un film comme ça de la même manière qu'à 25. Par conséquent, ma première découverte de L'Exorciste avait été ternie par le phénomène qu'on va qualifier de "Scary Movie effect" à savoir une époque propice au ciné pop corn, à l'hémoglobine facile et perverse au degré de subtilité zéro. Ainsi donc, le poids des années (si si) ayant fait quelque peu évoluer la façon dont mes neurones gambergent, j'ai pu me re-pencher sur ce film avec une délectation à la fois nouvelle, et des souvenirs très vagues de passages angoissant imprimé en blanc sur noir dans le fond de ma boite crânienne.

Ce qu'à 14 ans on ne comprend pas en voyant un monument comme celui là, c'est dans un premier temps la lenteur. Le film a un rythme lourd, pesant, mais qui s’accélère presque mathématiquement à chaque minute du film jusqu'à l'apothéose de l'exorcisme final avant de redescendre brutalement le temps de l'épilogue. Ensuite, on a du mal ayant été habitué aux effets spéciaux des années 90 et 2000 à revenir à une forme d'effets plus artisanaux. Quand bien même! Le maquillage et les scènes de lévitation ont le mérite d'être superbement bien faites, et il n'y a pas le petit truc qui gâche tout comme parfait dans les effets beaucoup trop kitch.

Enfin, et c'est sans aucun doute l'aspect le plus important, à cet âge là on ne perçoit pas la symbolique qui transpire d'un bon film tel que celui ci. Si certains pourraient avancer que la religion est le thème central de ce film, c'est avant tout un film sur les liens parentaux. En effet, les deux personnages principaux, Chris et le père Karras ont un lien qui les lie fortement à leur famille car ils sont leurs seuls points d'ancrage. Reagan est la raison de vivre de Chris, son point de repère dans une ville qui n'est pas chez elle, et ne pouvant compter sur son mari dont on ne sait que peu de chose mais dont on devine les relations tendues et la froideur qu'il entretient avec elle et y comprit avec sa propre fille. Karras en revanche vient de perdre sa mère qui était là aussi son seul lien avec l'espoir et l'amour. L'abnégation qu'il met pour sauver Reagan est une représentation à la fois de sa volonté de sauver ce lien pour Chris et sa fille, et en même temps d'expier la culpabilité qui le ronge par rapport au décès de sa mère. La figure du père Merrin en revanche représente le divin, qui s'oppose au diable de manière frontale en dirigeant l'exorcisme, à la façon dont il se dresse à la fin de la séquence introductive en Irak, face à la statue du démon Pazuzu dans le soleil couchant, sur le même pied d'égalité.

En ce sens, la séquence finale du film est peut être ce qu'il y a de plus dérangeant, si on exclue toutefois une gamine de 13 ans invectivant un prêtre de "sucer des queues" et autres amabilités du genre. A la fois très pessimiste mais ponctué par une note d'espoir, le film assume son ambiance glauque et malsaine qui a marqué les esprits et en a fait cette légende du cinéma d'horreur. The Exorciste n'est pas à mettre entre toutes les paires d'yeux. Il a pour autant le mérite d'offrir aux cinéphiles attentifs un très bon film, pilier de dizaine de films d'horreur, de Paranormal Activity à Insidious en passant par les classiques des années 80 comme Hellraiser ou Shining.





Notation

Réalisation : 9/10

Graphiquement le film est une réussite sur quasiment tous les points. Les prises de vue son superbes, l'ambiance admirablement bien travaillé, les décors crédibles et inquiétant. Les effets spéciaux accusent le coup, mais à quel point? La célèbre scène de la lévitation est poignante et la métamorphose de Reagan, bien que vieillotte, permet de se plonger dans la lente descente aux enfers de la fillette.
 
Son : 9/10
    
Oscar de la meilleure bande sonore, L'Exorciste bénéficie, cela va sans dire d'un son très bien travaillé. La musique du thème, Tubular Bells de Mike Oldfield est un classique absolue. Les râles du démon et la violence des propos glace encore le sang malgré la violence verbale quotidienne du monde actuel, et globalement la qualité sonore renforce cette ambiance pesante, notamment l'absence de musique à certains moments clés.
  
Scénario : 8/10

L'adaptation du livre de William Peter Blatty a elle aussi glané l'Oscar, et il est vrai que l'histoire assez basique de pré-adolescente en proie au diable trouve ici une écriture très inspirée qui s'emballe de plus en plus vite comme la fin approche. L'introduction du film dans les fouilles irakiennes, en sus d'être très esthétique, est un élément vraiment en plus dans le scénario qui aurai pu tomber dans la facilité de la platitude. Mais l'histoire regorge de détails, de nuances, et si la réalisation pèche à donner au premier abord toute la complexité des personnages, au fil des visionnages on prend la dimension de la qualité de leur conception.

Interprétation : 8/10

A la fois très réussie et peut être légèrement sous-exploitée, l'interprétation tient sur les rôles clés de ses personnages principaux, incarnés par la parfaite Ellen Burstyn et l'impressionnante gamine campée par Linda Blair. A coté de ces deux femmes très convaincantes, Jason Miller peine parfois à trouver la plénitude de son jeu. A moins que ça ne soit dû à une relative mise en retrait du personnage. De même Max von Sydow interprétant le père Merrin aurai mérité un rôle plus construit, mais sa brève et intense prestation crève l'écran.

Note générale : 8/10

La qualité de L'Exorciste est d'être fait du métal inoxydable qui forge les légendes. Ses propriétés sont la conservation et la solidité au fil des ans, et le gommage à travers le halo légendaire des imperfections. Attention à la fragilité relative de ces constructions face au regard acerbe des jeunes pousses critiques qui amplifieront avec justesse les maladresses du film pour en altérer la qualité. Vous aurez comprit que je ne suis pas de ceux là. Ceux qui pensent pouvoir voir ce film sont invité à le faire avec empressement. 





"My idea of Heaven is a solid white nightclub with me as a headliner for all eternity, and they *love* me"

10 févr. 2012

How I Met Your Mother

How I Met Your Mother

Carter Bays & Craig Thomas
2005~

Série : Américaine
Genre : Sitcom de djeuns branchés
Avec : Josh Radnor, Neil Patrick Harris





Synopsis

D'humeur nostalgique, le Ted Mosby de l'an 2030 décide de raconter à ses enfants alors ados comment il a rencontré leur mère. Mais plutôt que de faire court et de simplement raconter la banale anecdote d'une fille dans un bar, Ted commence son histoire lorsqu'il a 27 ans, en 2005, et qu'il décide subitement de se mettre en quête de la mère de ses enfants, au grand dam de Barney son ami célibataire lover endurci, alors même que ses meilleurs amis, Marshall et Lily viennent de se fiancer. Il rencontre Robin dont il tombe instantanément amoureux, mais celle ci essaye de se concentrer sur une carrière de journaliste et n'a pas vraiment envie de relation sérieuse.

Avis

Sans vouloir jouer les historiens barbus attifé d'une veste en tweed, si on prend l'histoire de la sitcom depuis les années 80 (sans remonter trop trop aux dinosaures de la télé des années 70 non plus), on note des noms absolument cultes, Madame est servie, La Fête à la Maison, Notre belle famille, Le Cosby show... Mais la particularité de ces séries est de s'ancrer dans les familles bourgeoises, avec maison cosy, mobilier kitch et gouvernante. Et puis il y a en 1994, le monument qui chamboule tout. Friends. La série qui parle aux jeunes du moments, un peu comme Melrose Place sans les bogosses pétés de thunes. Ok, les jeunes de Friends sont branchés, indépendants et en vieillissant ils acquièrent de la maturité, mais ils rafraichissent la télé en présentant la bande de potes idéale, d'une manière un peu plus raffinée qu'Hélène et les garçons.

Si vous n'avez jamais vu ni Friends ni HIMYM vous me dites "le rapport?" Et bien en regardant le pilote d'How I Met Your Mother on ne peut s’empêcher de se dire "c'est le gamin de Friends" et donc de voir venir les situations à des kilomètres, puisque c'est du réchauffé. Et penser ça sur le premier épisode est, certes légitime, mais c'est se fourvoyer d'une force aussi dévastatrice qu'un missile Iranien. HIMYM est la série des enfants/ados qui ont grandi avec Friends. Mais en une dix/quinzaine d'années le monde a évolué de manière fulgurante. Les créateurs de la série ont ainsi assimilé ce que c'était qu'être jeune en 2005 et dans les années qui suivent. Coups d'un soir, dépendance aux technologies de la communication, geeks, grands ados qui vieillissent jamais, cette série est un condensé de la fameuse génération Y qui passionne les sociologues grisonnant #clashgénérationnel.

Comprenez par là que sans en faire une série geek comme Big Bang Theory, les créateurs ont réussi à incarner la quintessence d'une génération pour en faire un show de sitcom assez classique dans le fond : histoire d'amour, d'amitié, relation professionnelles, à la famille etc, tout en insufflant le vent de la modernité dans la forme. En exemple, d'une part, le pitch original d'un père racontant l'histoire de sa vie à ses enfants, mais avec un fil rouge qui suit le perso principal au fil des saisons. Certains épisodes sont assez classiques : flashback sur la période universitaire. [Spoiler alert]: Ted avec une afro et Barney avec un bouc oO  et autres joyeusetés relatives à un procédé classique, mais parallèlement certains épisodes sont beaucoup plus fouillés dans la forme et fonctionnent comme un jeu de piste, ou une vision à plusieurs facettes d'une même histoire.

Bref, (qui est d'ailleurs un très bon exemple de ce genre de série héritière de Friends centré sur la génération des 20-35 ans actuellement #justsaying) HIMYM souffle depuis 7 saisons le vent de la modernité télévisuelle, offrant aux jeunes qui dévorent les séries sur le net un nouvel exemple de la vie idéale à l'américaine, mais pas seulement, puisque la série un peu à la manière de Friends dans les premières saisons n'est pas un concentré de hype doré dans ses moindres aspects, et du coup il y a quand même un certain sentiment de proximité avec les personnages.

Ajoutons encore que la série se démarque aussi par des personnages plus atypiques qu'à l’accoutumée, et même s'ils ont le trait un peu grossi, ils sont assez justes dans la représentation d'un jeune New Yorkais, et qu'en plus la distribution impeccable rend chacun aussi attachant qu'hilarant. Parce qu'en fin de compte, c'est ça l'essentiel : l'écriture et le pouvoir de faire rire. Sans épiloguer là dessus, la série est juste poilante, désopilante, tellement les situations, les dialogues et le jeu des acteurs sont bien orchestrés.






Notation

Réalisation : 9/10

Juste et réussie, la réalisation jongle habilement avec le fil rouge et la vie de tous les jours d'une bande d'amis. Les décors, la garde robe des protagonistes, tout garde une impression de crédibilité qui sert habilement le show par rapport à l'originalité des répliques et du caractère comique. Un exemple de ce qui se fait de mieux dans un format assez difficile à s'approprier qu'est la sitcom.
   
Son : 8/10

Difficile de juger de la bande son sur ce type de programme, mais si on ne la retient pas c'est généralement qu'elle passe bien. En même temps, il n'y a pas que ça. Le générique est suffisamment sympathique et court pour ne pas gêner, les mélodies entre les scènes au poil, et les effets sonores très bien maitrisés. Par ailleurs, la tessiture des acteurs forme une sorte d'harmonie perpétuelle, et les pointes dans les aiguës de Barney contribuent au comique du personnage, donc rien à y redire!

Scénario : 9/10

On frise la perfection dans l'écriture des épisodes. Même s'il y a de très légères contradictions qui naissent au fil des saisons (bien moins que dans Friends puisqu'on en parlait comme modèle au début) mais dans son ensemble la cohérence de la série est très bien préservée, et l'histoire se monte pierre par pierre, révélation mineure par révélation mineure, et à l'heure où je vous parle, des millions de fans de par le monde attendent à la fois avec impatience, et en même temps en demandant en demandant aux auteurs de faire durer le plaisir, de découvrir comment Ted a rencontré cette foutue mère de ses enfants!

Interprétation : 10/10

J'ose la note maximale. J'adore chaque acteur parceque chacun incarne son personnage avec la maestria exigée par la cahier des charges. Alors, oui, Barney est le soliste de ce fantastique groupe. Oui, ses facéties sont parfaitement jouée par Neil Patrick Harris qu'est devenu une véritable star grâce à ce rôle, mais le moindre de ses acolytes dans les rôles titre est un monument de jeu, et rarement une sitcom aura eu d'aussi bons acteurs.
  
Note générale : 9/10

Le problème quand on aime c'est qu'on ne compte pas. Je ne compte pas les points pour cette série et je lui accorde XXX/10, et ça n'a rien à voir avec Vin Diesel. Mais puisque je veux faire les choses consciencieusement je note bêtement sur 10. Alors pourquoi justement ne pas mettre la note maximale? Simple snobisme élitiste? Non, car comme beaucoup de choses HIMYM n'arrive pas à atteindre la perfection. Encore une fois, c'est dur de noter une série, et celle ci a l'avantage énorme de garder toute sa cohérence et son homogénéité au fil des saisons. Elle ne perd pas son intérêt, elle ne se mord pas la queue dans un tourbillon infini. Mais elle a pour autant ses défauts, au rang desquelles une identification peut être trop collante à une seule génération, qui risque de la rendre on ne peut plus obsolète dans 10 ans comme Friends l'est aujourd'hui? Peut-être, mais c'est à ce prix qu'elle est aussi géniale justement.





"It was legen... Wait for it... 'ds of the Fall! Legends of the Fall!"

21 janv. 2012

Bienvenue à Gattaca

Bienvenue à Gattaca

Andrew Niccol
1997

Film : Américain
Genre : Science fiction anticipativo-génétique minimaliste
Avec : Ethan Hawke, Jude Law





Synopsis

Si Vincent est le pure fruit d'une torride nuit d'amour de ses parents sur la banquette arrière de leur voiture, celui ci n'en retire aucun avantage, puisqu'à sa naissance son code génétique dévoile les nombreuses tares qui affligeront son existence: risques de maladies, myopie, très forts risques cardiaques... Son espérance de vie ne lui accorde qu'une trentaine d'années. Ainsi pour son petit frère, les parents de Vincent décident d'avoir recours à une sélection génétique de leurs embryons, et d'avoir un enfant "validé". Devenu adulte, Vincent souffre de son statut "invalide" car toutes les portes le menant à son rêve de carrière spatiale se ferment à lui. Il décide alors de contourner son destin, et avec l'aide de Jerome, un brillant validé qu'un accident a placé prématurément dans un fauteuil roulant, il acquiert l'identité de son infortuné complice pour "devenir" un être génétiquement supérieur, et ainsi intégrer Gattaca qui forme les pilotes pour les vols spatiaux.

Avis

Pour signifier cette vision d'un futur entre utopie génétique et dictature Orwelienne façon Big-brother de l'ADN, le film s'offre une ambiance minimaliste et épurée, surfant sur une représentation néo-rétro qui servent le maître mot du cinéma de qualité: ambiance. Ceux qui ont déjà fait attention à mes critiques par le passé, ou même les simples amateurs de cinéma, savent qu'un bon film passe par la bonne ambiance. Celle ci doit être adéquate, coller au sujet, et créer une immersion totale qui coupe le spectateur de son quotidien pour la durée du film.

A l'évidence ce film tenait à cœur à Andrew Niccol, car celui-ci s'est attaché à réaliser Bienvenue à Gattaca avec une précision méticuleuse, attentif à l'instar de son personnage principal, au moindre détail couché sur la pellicule. Dans un premier temps, il s'attache un trio d'acteurs aussi sculpturaux que talentueux. Ethan Hawke et Jude Law forment un tandem profond, presque allégorique de la complémentarité entre deux êtres humains, à la fois si proches et si différents. Entre eux deux, la belle Uma Thurman, à la classe folle, attise la perte du contrôle de soit chez Vicent/Jerome et , cristallisant ses doutes et sa coté faillible, et ramène le nihiliste Jerome/Eugene à un tant soit peu d'espérance.
  
Les lacunes de ce film se fondent finalement sur la naïveté toute relative de son jeune réalisateur qui, collant à l'esprit de son film, idéalise peut être trop les relations humaines d'un utopique futur discriminatoire. Pour une œuvre aussi lisse en apparence, les quelques grains de sable du scénario, où apparaissent quelques tours de passe-passe, prennent l'ampleur de ravines inesthétiques dans un paysage épuré. Et si cela ne nuit pas, loin de la, à l'ambiance, renforçant plutôt cette irréalité bucolique se voulant parfaite, mais elle aussi marquée des stigmates de l'imperfection, elle entraine néanmoins le décalage qui perdra les plus pragmatiques d'entre nous.

Bienvenue à Gattaca est plutôt un film de doux rêveurs, souhaitant rouler à bord de voitures éléctriques rétro, et pour qui la conquête spatiale rime avec brushing plus-que-parfait. On en oublierai presque par moment le message, présent comme une épée de Damoclès au dessus de chaque représentation trop parfaite d'une société. "La discrimination c'est pas bien". Oui, certes, mais c'est sans doute ce qui fait le charme de ce film. L'imperfection intrinsèque de la société du toujours plus parfait régale nos yeux et nos méninges, et laisse une belle morale holywoodienne d'espoir et de tolérance.





Notation

Réalisation : 9/10

Premier jet dans la carrière filmique d'Andrew Niccol, ce film à la fois extrêmement maitrisé dans la conception de son ambiance, mais aussi débordant légèrement d'une naïveté, presque d'une ingénuité qui décuple le message et l'ambiance de son film, qui erre pourtant dans une thématique plutôt sombre, représente pour beaucoup un exemple type de la science-fiction d'anticipation, admirablement bien mis en image et bien monté. C'est élégant, c'est chic, bucolique et déprimant à la fois, une petite perle acidulée croquante qu'on a plaisir à regarder lorsque la mélancolie frappe à la porte.

Son : 8/10

A l'image de son image, précisément, la bande son colle très bien à l'ambiance minimaliste recherchée. Faisant preuve de fluidité, servie par des dialogues bien écrits et une musique discrète mais de qualité, le son s'écoule, comme dansant avec les images, là juste derrière elles.

Scenario : 8/10

Sans aller jusqu'à dire que le scénario est lui aussi minimaliste, car ça ne serai franchement pas un compliment, on peut néanmoins dire qu'il obéit à cette volonté de sobriété globale du film. Il raconte une belle histoire, il est bien mené, s'intègre dans un univers dont la cohérence est toute relative, mais qui tient néanmoins la route, et surtout il reste surprenant sans choquer ses spectateurs.

Interprétation : 9/10

Trio quasi parfait, Gattaca bénéficie également d'excellents seconds rôles. Mais je reste scotché par l'envoutante Uma et par le charme arrogant de Jude Law, acteur absolument fantastique qui incarne avec brio Eugene. A tel point qu'il est dommage que le personnage n'ait pas été plus creusé. Mais il ne s'agit à ce moment plus d'une question d’interprétation.
   
Note générale: 8,5/10

Impossible à mon sens de départager ce film entre "très bon film" et "film excellent" de manière objective. D'où cette notation, entre le 8 et le 9, à la fois film réussi, mais aussi film culte malgré ses légères lacunes. Bienvenue à Gattaca est peut-être un film controversé, qui ne séduira pas les amateurs d'action débordantes, mais qui touchera à n'en pas douter ceux qui préfèrent les belles images, bien amenées et bien tournées, et encore plus les fans d'anticipation qui ont dévoré plusieurs fois de suite le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley.





 "They used to say that a child conceived in love has a greater chance of happiness. They don't say that anymore"

11 janv. 2012

Battlestar Galactica

Battlestar Galactica

Ronald D. Moore
2003-2009

Série : Anglo-canado-américaine
Genre : Space opéra moderne et futuro-réaliste
Avec : Edward James Olmos, Mary McDonnell





Synopsis

Trente ans après la grande guerre Cylon qui opposa les Douze Colonies de Kobol aux Cylons, race de robots créés par les humains, mais ayant décidé de se rebeller contre leurs créateurs, plus personne n'a eu de contact avec les Cylons qu'on pensait réfugié dans un coin de la galaxie. La paix embrasse les Colonies, et le vieux Battlestar Galactica, vaisseau mythique de la guerre, devenu obsolète, va être recyclé en musée. C'est néanmoins à ce moment que ressurgissent les Cylons. En quelques heures, les douze planètes coloniales sont atomisées par des ogives tactiques, et la flotte de guerre balayée. Sauvé par son archaïsme qui empêche les virus Cylon de brouiller son réseau, le Galactica est le seul vaisseau militaire à pouvoir échapper à l'attaque et à réussir à s'enfuir en compagnie d'une petite flotte civile, la menace étant trop grande pour être affrontée de front. Heureusement, le commandant Adama officiant à la tête du Galactica connait la route pour mener l'Humanité à son salut sur une 13è colonie, inconnue des Cylons: la Terre.

Avis

Voila qui change quelque peu sur ce blog, une chronique sur une série télévisée. Je délaisse quelques temps le grand écran pour me pencher sur un véritable phénomène de la SF à la télévision, Battlestar Galactica.

Pour commencer, une petite présentation du contexte est nécessaire. Ronald D. Moore, créateur de la série, est un des pilliers de la SF Américaine à la télé pour avoir travaillé sur 3 séries de l'univers Star Trek: "La Nouvelle Génération", "Deep Space Nine" et "Voyager". Au début des années 2000 il émet le souhait de vouloir créer une série Space Opéra bien plus réaliste et emprunte de thèmes d'actualité. En somme une série plus Science-Fiction pure et moins Science-Fantasy.

Et en effet, lorsqu'on regarde le pilote, téléfilm long de 3h sortit en 2004, on constate que Les Douzes Colonies sont une allégorie science-fictive des Etats Unis. La société dans laquelle les Colons vivent ressemblent à la notre. Chaque Colonie a une culture différente, à la manière de chaque Etat, mais elles semblent se retrouver autour d'un système politique fédéral et de valeurs communes. Technologiquement, l'avancée des Colonies par rapport à nous n'est pas flagrante, hormis la possibilité de voyager dans l'espace, et de visiter les systèmes voisins grâce à des bonds "PRL".

Ainsi, le récit de la destruction des Colonies par les Cylons est une représentation de la peur des Américains face à la menace terroriste, et au souvenir de l'attaque surprise de Pearl Harbour. On découvre donc dans la série une très profonde aversion des humains pour les Cylons qui sont l'agresseur, et au début on craint pour le manichéisme de l'ensemble, se résumant à une sempiternelle lutte de l'homme contre l'ennemi mortel.
Mais bien évidemment, la série prend, et ce dès le pilote, une tournure différente, grâce à un point scénaristique majeur: les Cylons ont acquis une apparence humaine qui leur a permit de s'infiltrer dans les rangs coloniaux. Mais avec cette apparence de chair et de sang, la conscience est servie de concert, et si les Colons, stigmatisés par la violence de l'attaque et le souvenir traumatisant de la guerre précédente, ont dans les 2 premières saisons bien du mal à considérer leurs adversaires comme autre chose que des programmes, l'humanité des modèles "humains" saute aux yeux des spectateurs dès les premiers instants.

La conséquence est, on s'en doute, qu'au fil de la série on va s'interroger sans arrêt sur la responsabilité des Cylons, sur leur propre nature, leur capacité à aimer, et leurs desseins qui évoluent avec eux. Parenthèse fermée sur les Cylons, la série lorgne sur d'autres thèmes éminemment d'actualité comme, pêle-mêle, la guerre, la liaison entre les politiques et les militaires, la question religieuse dans ce type de contexte, les notions de trahison, la légitimité de la loi-martiale, la valeur de la vie, la maternité, les relations familiales, la Justice etc etc etc. Battlestar Galactica touche vraiment à tout, mais s'épargne un oeil trop moralisateur sur bon nombre de situation, laissant le téléspectateur seul juge de la légitimité des actes de ses héros.

Sur les personnages justement, loin de l'image bien lisse de certaines séries comme Stargate SG1, les protagonistes ont chacun leur démon, et même le très juste Commandant Adama ou la douce présidente Laura Roslin font des erreurs, doutent de leur choix, devant néanmoins les assumer face au peuple qui ne les comprend pas toujours. BSG est aussi l'occasion de présenter une belle palette d'anti-héros comme le Dr Gaius Baltar, lâche, menteur et opportuniste, mais qui semble guidé par un ange gardien, et qui dans sa personnalité reflète chacun de nous, ou encore la brillante Kara Thrace, aka Starbuck, le meilleur pilote de chasseur de sa génération, mais qui transporte avec elle une bonne dose de vice et de ressentiment. La liste pourrait se prolonger sur des lignes et des lignes. Si l'effet est plus ou moins palpable selon les personnages, ils ont néanmoins tendance à être très attachants, qu'on les adore ou qu'on adore les détester.

Fort heureusement, Battlestar s'est donné les moyens de ses idées, et ce que les brillants scénaristes imaginent, la production leur offre. Grâce à cela, BSG n'est pas seulement une agréable série sur les relations humaines digressant sur les questions métaphysiques, c'est également un excellent Space-Opéra servi par de superbes images de synthèse. Les combats spatiaux entre Raiders et Vipers sont de haute volée, et très dynamiques. Le rythme est d'ailleurs plutôt réussi avec, comme souvent dans ce type de série, une alternance entre les épisodes offrant du combat spatial, et ceux plus "terre à terre", mais toujours avec le bon équilibre, et se renouvelant malgré tout sans cesse.

A la fin des 4 saisons et des films dérivés (le pilote, Razor et The Plan) Battlestar Galactica apparait comme un monument de son époque. Même si la série ne peut éviter des hauts et des bas, elle garde un niveau extrêmement élevé qui va être dur à égaler à l'avenir. A conseiller à tous les amoureux de Science-fiction, et même à ceux de bonnes séries tout simplement.





Notation

Réalisation : 10/10

Le rythme est parfait. La réalisation ne souffre d'aucune fausse note flagrante, et surtout elle reste homogène au long des 4 saisons, sans s'égarer dans des impasses avant de faire demi tour comme certaines séries plus longues ont parfois fait (*toussLost!touss*). Les images de synthèse donnent un plus énorme, car on n'oublie jamais grâce à elle et à l'excellent montage, qu'il s'agit d'une flotte de vaisseaux dans l'espace, et que par conséquent le danger est constant. Et puis bien sûr il y a les dog fights entre pilotes et Raiders Cylons, superbement réalisés et très dynamiques qui tiennent en haleine du début à la fin d'un épisode.

Son : 9/10

Bear McCreary qui a réalisé la musique de la série du début à la fin, livre une BO magique. A la fois futuriste, épique, mystique et mythique (voir mythologique) elle transporte chaque séquence avec une justesse effrayante. Les thèmes comme celui juste avant les combats lors de la saison 2, ou la chanson des "Cinq Derniers" dans la saison 4 font désormais figure de légende, et moi qui ne suis pas particulièrement fan de BO en tous genre, celle de BSG me transporte à chaque fois. Sur les bruitage, ils sont globalement bien réussis, mais je regrette juste que les bruitages dans l'espace ne soient pas à 100% réalistes. Si on perçoit la volonté de l'équipe sons de faire de l'espace une zone de calme, à peine troublé par le bruit sourd d'un moteur, de pétarades, ou d'explosions, à des années lumières des habituels "piou-pious" des lasers cosmiques, personnellement j'aurais préféré une absence totale de bruits à la manière de 2001 Odyssée de l'Espace, qui aurai créé un contraste saisissant à mon sens entre l'action à l'image, vierge de sons, et celui en direct des vaisseaux recevant les communications enlevées et l'intensité des batailles, mais ne présentant pas directement les images. Pour finir sur cette parenthèse, je tiens à signaler une séquence d'anthologie lorsqu'une bataille est entièrement suivie depuis le poste de commandement, sans aucune image pour l'illustrer, que les communications paniquées des pilotes. Saisissant et terriblement immersif!

Scénario : 10/10

Noter le scénario d'une série est particulièrement difficile compte tenu qu'il s'agit de dizaines de moyens métrages, possédant chacun une histoire propre, mais dont les personnages et la trame globale convergent vers une sorte de plus grande Histoire. Du coup, je m'attarde plus sur ce dernier critère, l'Histoire racontée telle qu'elle commence au début du pilote, à telle qu'elle se termine à la fin de la saison 4, agrémentée des films connexes. Et bien, non seulement cette Histoire tient la route, mais elle comporte de nombreux arcs tous aussi bien scénarisés les uns que les autres, même si chacun aura sa petite préférence, et globalement elle ne se perd à aucun moment sur un sentier qu'elle n'avait pas prévu. Le sentiment que l'histoire est maitrisé de bout en bout saute aux yeux à la fin, et la diversité des thèmes abordés, en fait l'une des séries les plus riches de la dernière décennie.

Interprétation : 8/10

Sans faire figurer de star mondiale, BSG offre néanmoins un excellent casting. Évidemment, Edward James Olmos et Mary McDonnell en sont un parfait exemple, car, en tant que tête d'affiche, et personnages les plus influents ils se devaient d'être parfaits dans leur rôle, et heureusement c'est le cas. Mais globalement le casting n'est pas en reste. La sublime Tricia Helfer incarne à merveille la troublante #6 qui apparait au Dr Baltar, joué lui aussi avec brio par James Callis. Si les rôles plus secondaires ne sont pas toujours les plus marquants, on ne dénote aucune faute de gout dans le choix des acteurs, renforçant ainsi la qualité globale de la série.

Note générale : 9/10

Très honnêtement je suis plus que tenté de mettre 10/10 à cette série, mais contrairement à un film, la perfection est d'autant plus difficile à atteindre en 72 épisodes, lorsque les équipes de productions évoluent un tant soit peu, et que les heures et les heures s'enchainent. On ne peut pas dire que la série soit parfaite, donc on ne peut pas attribuer 10/10, quand bien même on le souhaite. Mais ces considérations mises à part, BSG est une excellente série, à la fois bien pensée, bien conçue, et dont le produit fini est toujours délectable. Encore une fois, si vous n'avez pas vue la série, et qu'il ne manque que ces mots pour vous décider: allez la voir!






"No more Mister Nice Gaïus!"