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4 juin 2012

Prometheus

Prometheus

Ridley Scott
2012

Film : Américain
Genre : Science Fiction Glaçante
Avec : Noomi Rapace, Michael Fassbender




Synopsis

Parce qu'elle et son compagnon ont trouvé chez de nombreuses civilisations un point commun convergent vers un système solaire à deux années lumières de la terre, le Dr Elizabeth Shaw embarque à bord du Prometheus à la recherche des "géants", ces êtres qui ont, d'après sa théorie, conçu l'humanité. Néanmoins dans cette expédition, chacun semble se préoccuper de sa propre quête, et leur planète de destination où des vestiges d'une ancienne civilisation les attendent, semble se refermer peu à peu sur l'équipage comme un piège mortel.

Avis

Ridley Scott en Science Fiction, c'est deux films. Deux films seulement. Alien, 1979, et Blade Runner, 1982 (et je vous engage à aller relire dardar mes précédentes chros sur ces deux monuments) Monumentaux, c'est vraiment peu dire d'ailleurs aux vues des hordes de fans qu'ils ont engendré. Pour soutenir la comparaison monumentale, c'est un peu comme l'Empire State et le Chrysler building, si vous préférez. Et en annonçant son grand retour à une fresque épique de science-fiction, indépendante, mais incluse dans l'univers Alien, sous forme de prequel, et possiblement en deux épisodes... On attendait avec grande impatiente ces tours jumelles, espérant qu'elle ne finissent pas par s'effondrer tragiquement.

Aujourd'hui, voici enfin sur nos écrans la première de cette possible duologie, Prometheus. Le film s'ouvre, peu à peu, comme une rose noire, passé le printemps. La tension monte en flèche pendant une bonne heure, les références à la saga Alien sont partout, des frissons parcourent mon échine. Les révélations promises sont bien au rendez-vous, ainsi que les décors Giger-like, si chers aux fans. C'est glauque, pesant, léché, et foutrement envoutant.

Haaa, nous voila rassuré, Ridley ne s'est pas raté. Mais s'est il sublimé comme lorsqu'il sort Blade Runner en 1982, certainement sa plus grande réussite encore à ce jour? Hmmm... Oui et non. Oui, ce film est la plus grosse claque de ciné de SF depuis bien longtemps, certains diront depuis Avatar, mais n'ayant pas accroché à 100%, je citerai plutôt le pilote de Battlestar Galactica ou des choses comme Matrix et le Cinquième Element, baffes visuelles et scénaristiques en leur temps. Et non, parceque ce Prometheus ne tient pas toutes les prome(téu)sses que les fans se sont imposés à eux même dans un esprit d'espoir illusoire créé par leur propre imaginaire. Disons, il est vrai, que certaines questions restent terriblement en suspens, et ma conscience m’empêche de divulguer lesquelles pour ne pas spoiler la moindre miette du scénario (même si je crains d'en avoir déjà trop dit). Il est bien tôt pour parler de suite, mais cela a déjà été évoqué plusieurs fois par Scott lui même, et je vois mal comment ne pas envisager un second opus pour boucler la boucle de manière bien plus définitive que par la fin ouverte pleine de promesses de "plus".

En réalité, la deuxième moitié du film est plus frustrante car elle s'amuse à brouiller les piste et lancer plus de perches dans tous les sens que de vraiment répondre aux questions qu'on se pose. Ce qui renforce vraiment le sentiment de "deuxième moitié de première moitié" d'un grand film aux origines de la saga Alien. Plus encore que ce premier Prometheus, sa suite quelle qu'elle soit va être attendue comme la représentation ultime du messie cinématographique sur terre.

Le gros tour de force de Ridley par ailleurs, est de rendre hommage d'une part à son propre film, le tout premier Alien, mais également aux Aliens suivants, et même à d'autres classiques du cinéma de science fiction et de l'horreur comme The Thing par exemple, tout en reprenant une thématique revisitée par nombre de films et de séries, Stargate pour ne citer qu'une des plus connues. De ce point de vue là, le réalisateur anglais ne s'est pas privé de jouer dans le fan service pour attiser encore plus la curiosité des légions de fans qui l'attendaient au tournant.

Mais le souci c'est qu'à trop faire dans le fan service, et c'est le cas pour la plupart des films orientés de cette manière, on risque de perdre les néophytes. Bien que vraiment dans une "mythologie" à part, pour reprendre les mots du réalisateur, et plutôt réussi sur son aspect indépendant de la saga Alien, on se demande néanmoins comment les "non-initiés" à l'univers peuvent réellement appréhender ce film. Il y a trop de références, de pistes à explorer pour assimiler le tout sans un certain "back-ground".

De plus le sentiment de ne pas voir la fin du film au terme des deux heures est une frustration extrême pour le spectateur. Un peu à la manière d'Harry Potter et les Reliques de la Mort partie 1, on a l'impression d'assister à un intermède qui fait encore plus baver les fans. Efficace pour la fidélisation, mais maladroit. Au final, il n'y a que peu de révélations dans cet opus, qui a parfois donné l'impression d'être un teaser géant pour la suite.

Et puis il y a les niveaux de lectures. Tout un complexe de messages cachés en couches. L'histoire, la reflection meta-physique sur l'histoire, les thèses explorées pour ces questions méta-physique... Et la curiosité du spectateur le pousse à plonger plus profond dans ces strates. Et comme souvent, plus il plonge, plus il creuse d'autres interprétations que le réalisateur lui même n'avait peut être pas anticipé. Si le film n'est pas à prendre avec un sérieux académique, ce qui exclut d'emblée les théoriciens et les coincés de l'oignon, il apporte néanmoins son lot de questionnement sur l'humanité et le futur, ce en quoi il est vraiment l'égal des deux autres films de SF de Ridley Scott.

J'ai donc conscience que ce film en perdra certains dans les méandres de l'imaginaire, car il va trop loin. Pour d'autres il n'ira pas assez loins et ceux ci détesterons être perdus au milieu. Et puis il y a ceux qui savent apprécier la beauté graphique obscure de fin du monde de ce film. Les fans d'Alien, de Giger, de cinéma de genre, et de seinen manga. Sombre et élégant, ce qui rappelle forcément le premier Alien, Prometheus malgré ses imperfections marque fort et signe avec un brio certain le retour de Ridley Scott aux ténèbres de la Science Fiction.




Notation

Réalisation : 9,5/10

A quelques détails près, le réalisateur manque la perfection. L'ensemble du film a une classe folle, les effets graphiques sont époustouflants, la 3D est l'une des mieux réussies de ces derniers temps, le montage est sombre et réussi, le style de Scott est inimitable, et c'est avec ravissement qu'on retrouve des décors amplis de la nostalgie du film de 1979, couloirs asseptisés dans le vaisseau, interieurs glauques et charnels dans l'ambiance biomécanique sur la planète, brume mystérieuse et références omniprésentes, alors où le bat blesse-t-il? Ces détails, le rythme de la fin du film, quelques pistes mal explorées dans la réalisation qui tournent plus à la confusion qu'à la science infuse, et ce féroce sentiment que Ridley est déjà tournée vers la suite au moment de conclure son film. 

Son : 9/10

La bande originale est à l'image du premier Alien. Elle créer un décalage imperceptible entre l'image, sombre et glacée, et ses égarements émerveillés. Mais elle passe bien, car emprunte de mystère et de danger latent. Les effets sonores quant à eux, sans atteindre la perfection du rythme glaçant d'Alien, le Huitième Passager, sont au niveau d'un film de cette ampleur.  

Scénario : 7,5/10

Dur, dur, dur de noter ce scénario. Dans un premier temps, je ne rentre pas dans la polémique de l'histoire narrée, qui aura ses défenseurs et ses détracteurs, et je me penche sur l'écriture du film. C'est un modèle de quasi perfection sur la première moitié du film. Tout est là. Le rythme lourd, la lente montée d'adrénaline lorsque le groupe pénètre dans la pyramide... Les répliques de David, le personnage de Miss Vickers, bref l'introduction progressive de l'univers Prometheus est une réussite splendide tant dans la réalisation que dans l'écriture. Et puis, de la même manière que la réalisation se délite, le scénario suit cet exemple (ou n'est-ce peut être pas plutôt l'inverse?) et devient plus flou, plus confus, mais aussi moins convaincant. Pas moins terrifiant, cet aspect est sauf, mais le film finit avec un boulevard pour la suite qui tend presque vers l'inachevé. C'est bien de savoir qu'il y aura un autre film, c'est juste dommage d'avoir terminé celui ci de manière si abrupte.  

Interprétation : 9/10

L'ensemble du casting mérite qu'on lui tire le chapeau. Mais il y en a 3 pour qui c'est d'autant plus vrai. Noomi Rapace, car c'est le rôle titre, est une excellente actrice, et réussir à rappeler Ripley sans la singer n'était pas gagné d'avance. Bravo #1. Michael Fassbender, David. Un androïde en apparence plus simple et moins torturé que ses prédecesseurs (mais chronologiquement parlant sa déscendence) mais est-ce vraiment le cas? Le rôle semble parfait pour lui, tant il rappelle et Ash et Bishop, avec son petit truc en plus. "The trick, Mister Potter, is not minding that it hurts!" Bravo #2. Enfin Charlize Theron, glaciale et envoutante, presque autant qu'un Alien. Elle réussi la performance d'être un personnage secondaire de premier plan tant elle respire la classe et le charisme. Si son personnage n'a finalement pas un rôle déterminant, elle sait le rendre indispensable. Bravo #3.

Note générale : 9/10

Cri du coeur, on va encore me repprocher de ne mettre que des bonnes notes, mais comment ne pas être charmé par ce Prometheus? Certes il n'atteind pas vraiment le niveau des précédentes réalisation de Ridley Scott en Science-Fiction, mais l'univers se dévoile finalement à peine, et à nos donner un os à ronger en attendant la suite, on ne peut que constater qu'il est tout de même particulièrement savoureux! Oh oui, Prometheus, je vais retourner te voir, te revoir et te revoir encore.




"Are you a robot?"

7 oct. 2011

Blade Runner

Blade Runner

Ridley Scott
1982

Film : Américain
Genre : Science Fiction K Dickienne
Avec : Harrison Ford, Rutger Hauer
   
  



Synopsis

Los Angeles 2019. Rick Deckard est un blade runner à la retraite. Mais sa chasse aux réplicants, des androïdes interdits sur Terre suite à leur soulèvement, a eu raison de son mariage et de sa joie de vivre. Rick était le meilleur, et il pensait que laisser les clés de la "maison" à Holden lui permettrait de dormir sur ses deux oreilles (comme si c'était possible dans le Los Angeles de 2019!). Mais Holden vient de se faire tuer par un des 4 Nexus 6, modèle le plus élaboré de réplicant, en fuite sur Terre. Quelque peu à contre-cœur, Rick reprend du service pour une dernière mission de chasse à l'andro.

Avis

Difficile d'aborder Blade Runner de front. Blade Runner, c'est un diamant noir avec des dizaines de facettes qui restent imperceptibles tant qu'on ne la met pas en pleine lumière. Véritable monument de science-fiction moderne, le film évoque tant de thèmes et de caractères différents qu'un, deux, peut être même cinq visionnages agrémentés par la lecture d'analyses filmiques ou le décorticage du making-of ne suffisent pas à l'aborder de plein abord. Sa saveur complexe se déguste avec patience et expérience, si bien que le film n'a pas vraiment vieilli en près de 30 ans.

Dans un premier temps, impossible de ne pas évoquer l'inspiration principale du film, puisqu'il s'agit d'une adaptation du roman Les Androïdes rêvent-ils de mouton électrique? de Philip K. Dick. La science-fiction des romans de K. Dick a un coté visionnaire. Pessimiste et aliéné, certes, mais c'est tout de même une vision du futur drôlement réaliste qui s'impose à nous dans ses œuvres, et ce roman là nous plonge dans un monde cyber-punk post-apocalyptique, où la Terre a été ruinée par une guerre nucléaire, plongeant la planète dans une sorte d'hiver atomique, et où le seul salut possible se trouve dans l'exil sur les colonies.

Mais le monde glauque dépeint par le roman n'est pas l'atout principal de celui-ci. Pas directement (à la différences des films de référence du cyber-punk tel Mad Max) car c'est plus un prétexte pour instaurer ce climat dépressif et nihiliste qui habite la plupart des protagonistes. Dans le roman, chose qu'on ne retrouve pas dans le film mais sur lequel je tiens à m'attarder, une religion  appelée Mercerisme guide les fidèles dans une forme d'empathie mutuelle de toute les personnes connectées mutuellement afin d'alléger leur souffrance. Cette oeuvre de K. Dick comme toutes les autres mériterait à elle seule un article, mais il ne s'agit pas ici de faire un blog littéraire. (Mais j'insiste, lisez le bouquin!) Parenthèse sur le roman terminée, attardons nous plus spécifiquement à son adaptation.

Encore une fois Ridley Scott s'attache à nous donner un film personnel. Très personnel. Trois ans après Alien, il reste dans le pessimisme et la noirceur du futur. Il convient de séparer les principaux lieux où se déroulent l'action, car chacun apporte une ambiance, propre à un ou plusieurs personnages.
  • Chinatown. Ce sont les rues de Los Angeles, dans le quartier spécifique de Chinatown. La plupart des extérieurs se passent là bas. L'ambiance y est multi-culturelle, entre chinois, japonais, et le langage mix de plusieures langues, français, anglais, espagnol chinois, japonais etc. Il y fait tout le temps nuit, il y pleut souvent et le seul éclairage qu'on y trouve est celui des néons publicitaires. Dans cet environnement, Gaff, l'étrange Blade Runner du LAPD qui vient chercher Rick pour le remettre dans le circuit semble être le maitre. On y trouve également plusieurs réplicants. Zhora ou Leon qui s'y font tuer sont également deux penchants de cet univers bruyant et sale.
  • La Tyrell Corporation. Basé dans une pyramide surplombant Los Angeles, Tyrell ressemble à un Dieu sur son Olympe, depuis lequel il observe ses anges déchus, les Nexus 6, venir finalement à lui. Ce personnage mégalo-maniaque vit en pacha dans sa luxueuse pyramide, baignée d'un perpétuel soleil couchant, qui contraste fortement avec la nuit des rues de LA. Au début du film, Rachel et le hibou sont les résidents de cette citadelle inexpugnable, mais Rachel suit Deckard dans ses pérégrinations, comme un ange décendant de son paradis pour rejoindre le monde des hommes en découvrant sa véritable identité (ce qui va avec l'idée que Roy Batty se fait de la nature même des réplicants).
  • Les appartements de Deckard et de J.F. Sebastian. Chacun de ceux-ci a son ambiance propre. Celui de Deckard est emprunt de mélancolie, et Rachel s'y greffe peu à peu, devenant membre à part entière de la mélancolie de Deckard. Celui de Sebastian, à la fois génial et fou est, à l'image de son propriétaire, un grand hôtel particulier où la solitude et le froid règne. Les couleurs sont froides, comme la froideur criminelle de Pris ou de Roy qui en font leur foyer, alors que l'appartement de Deckard aux tons sépia évoque la douceur mélancolique des souvenirs.
Rick évolue d'un décor à l'autre, s'imprégnant à chaque scène du décor. En conséquence, son personnage n'a pas de lieu d'attache propre, lui donnant cet air perdu et résigné qu'il arbore tout le long du film, mais d'une certaine manière cette façon de s'approprier des lieux tellement liés à leur personnage renforce le doute qui plane sur sa nature. Humain ou réplicant?

Car c'est bien évidemment toute la question qui se pose quand on voit la version Director's Cut sortie en 92 (loin de celle, édulcorée, sortie au cinéma par la production pour les teens fans du bel Harrison) Le doute est permanent. Chaque action, chaque aspect symbolique, dont le film regorge, nous mène à la même question: Deckard est-il un modèle de réplicant conçu pour "retirer" les autres androïdes?

Les avis sont bien entendu très partagés sur la question. Et les arguments valent autant pour que contre. Deckard ne répond pas à la question de Rachel qui lui demande s'il a déjà passé le Voight-Kampf. Si les yeux des réplicants brillent, à la manière de ceux de la chouette dans la lumière, quand ils subissent un stress émotionnel, l'air résigné et mélancolique de Deckard ne permet pas de dire qu'il soit troublé à aucun moment du film, et ce, même lorsqu'il plonge son regard dans celui de Rachel. Si Rachel est pour lui une sorte d'énigme, elle semble le hanter plus que le troubler. Le couple qu'il forme avec Rachel est par ailleurs d'autant plus complémentaire si Deckard est lui même un réplicant qui, à l'instar de se belle, ne connait pas sa vraie nature, et se cherche, mélancolique de souvenirs qui ne sont -peut-être- pas les siens. Nombre d'allusions au cours du film semblent d'ailleurs y référer, mais c'est bien entendu la fin de la version Director's Cut qui sème le plus de trouble tant dans l'esprit de Deckard que dans celui du spectateur, avec les mots de Gaff résonnant dans sa tête, et l'origami de la licorne dont Deckard rêve toutes les nuits.
La différence entre Roy Batty et les autres Nexus 6 avec Deckard ne suffit pas à justifier d'ailleurs que Deckard ne soit pas l'un d'eux. Roy Batty et ses acolytes ne se cherchent pas de la même manière que Deckard. Ils sont conscients de leur vie, se rendent comptent de la nature de la mort qui les rattrapent, et développent à cette occasion des sentiments qui leurs étaient jusqu'alors inconnus. Tristesse, peur, haine (quoi que la haine, ils semblaient connaitre). Rachel dont les souvenirs ont été implantés ne connait pas cette bataille pour découvrir ses propres sentiments. Elle en devient d'autant plus difficilement détectable en passant le test. "More human than human" étant la devise de la Tyrell Corp. Ainsi, la différence à la fois énorme entre Deckard et Roy Batty, mais aussi extrêmement fine puisque le Blade Runner, dans son métier fini par ne plus ressentir d'empathie, ne suffit pas à justifier les similitudes que partage Rick avec Rachel et les autres Nexus 6.

 Abordons pour finir l'ambiance de film noir que revêt le film. Véritable hommage au cinéma de la fin des années 40, Blade Runner présente un anti-héros enquêtant sur une sombre affaire. L'atmosphère de la ville (le choix de Los Angeles pour la version cinéma alors que le livre se passe à San Francisco n'est pas étrangère à cette volonté d'ambiance très "LA Noire") au mois de novembre, sous une pluie constante, dans les bas-fonds d'une cité industrielle dévorée par les néons de la publicité, écho d'un genre années 40-50, qui a inspiré beaucoup d'hommage dans beaucoup de domaines. La bande son a également une grande importance dans l'ambiance qu'elle crée, car si une bonne partie est jouée au synthé, synonyme de modernité et de futurisme, les airs sont eux ceux qui étaient joués autrefois sur un saxophone alto, comme lorsque Pris fait son apparition, sous la pluie avec ses grands yeux de biche pour séduire JF Sebastian.





Notation

Réalisation : 10/10

Encore une fois avec Ridley Scott, difficile de faire mieux. Mais plus encore cette fois ci, le cinéaste livre une copie sans fausse note, bien que très personnelle. Il enfonce le clou, avec ses atmosphères brumeuses, à la fois froides et suffocantes, et impose à ses acteurs une sorte de mise en condition totale qui donne une bouffée de réalisme à l'ensemble. Même s'il n'a pas réalisé d'autre film de SF depuis celui-ci (en attendant Prometheus) Ridley Scott avec Alien et Blade Runner, s'est installé comme parrain d'un style, glauque et réaliste, qu'il maitrise à la perfection.

Son : 9/10

La bande son de ce film se compose de notes de synthé, tantôt énigmatiques, tantôt mélancoliques, à la manière d'un solo de saxophone de film noir. Si aujourd'hui les sons vraiment typés 80's du clavier peuvent prêter à sourire, la cohérence de la musique va au delà et on se laisse porter par l'ambiance qu'elle créer. En dehors de ça, le montage sonore retranscrit la grouillante ville de Los Angeles en 2019, avec son argo polyglotte et ses slogans publicitaires.

Scénario : 10/10

Complexe et torturé, sombre et savoureux, le script de Blade Runner est une sublime adaptation d'un roman de Philip K. Dick. S'il ne reprend pas au mot près la trame du livre dont il s'inspire, il garde l'ambiance pesante, et surtout l'ambivalence et la complexité des personnage, leur appréhension du monde et des concepts comme la vie, la mort, la religion, la dépendance, la place de la science... Sûrement une des adaptations de K. Dick les plus réussies en ce sens là.

Interprétation : 10/10

Tout simplement parfait. Harrison Ford, bien loin de son image de voyou au grand coeur de SW ou d'aventurier baroudeur d'Indiana Jones, campe ici un exécuteur de la police à l'identité perturbée. Amoral, même son histoire d'amour peine à lui faire retrouver l'humanité que son personnage n'est pas sûr d'avoir jamais possédé (au propre comme au figuré). Face à lui, Rutger Hauer, lunatique dément rongé par la conscience de sa propre identité, dévoré par la certitude de la mort, et de voir disparaitre le moindre de ses souvenirs (dont il sait pour sûr que ceux-ci sont vrais) incarne ce réplicant froid et frénétique sans fausse note, éxagérant seulement quand cela colle au besoin du personnage, restant ainsi parfaitement crédible et effrayant, car la folie qu'il démontre ne semble pas simulée. A côté de ces deux immenses acteurs, Sean Young et   Daryl Hannah, deux alter égos de leur mâle alpha, jouent également à la perfection la femme tantôt forte, tantôt fragile. Les deux actrices se ressemblent (dans le livre, elles sont physiquement identiques) mais leurs différences soulignent au mieux leur talent particulier. Enfin, malgré un rôle tenant peu de pellicule, Edward James Olmos se démarque lui aussi avec sa dégaine, son langage caractéristiques et ses insinuations, et là encore, interprété avec un brio sans failles, par le futur Général Adama, à la fois envoutant et repoussant.

Note générale : 10/10

Une critique aussi dithyrambique ne peut se valoir que lorsqu'on a autant affaire à un chef d'œuvre semblable. Évidemment que ce film est parmi mes préférés, on s'en doute sûrement en voyant comment ce film peut me faire écrire des lignes et des lignes, et honnêtement j'en aurais encore sous la pédale, mais objectivement, il mérite une note maximale, car il est une sorte de synthèse de ce qu'on fait de mieux dans le cinéma de science-fiction. Rarement film de SF a été plus actuel. Pourtant il n'y a pas d'effets spéciaux ayant couté des milliards de dollars. Juste beaucoup de talent, dans tous les compartiments du jeu. Non seulement Blade Runner se base sur une superbe histoire de Philip K. Dick, auteur faste de la SF noire, mais il la transcende sans la dénaturer. Je crois que regarder ce film, c'est accomplir une petite partie de sa vie.





"Fiery the Angels fell, deep thunder rolled around their shores, burning with the fires of Orc"

14 sept. 2011

Alien

Alien, le huitième passager
Alien

Ridley Scott
1979
 
Film : Anglo-américain
Genre : Science Fiction horrifique
Avec : Sigourney Weaver





Synopsis
  
De retour d'une mission d'extraction minière au fond de l'espace, l'équipage du cargo Nostromo est réveillé par un signal de détresse émanant d'une petite planète inhabitée. Forcé par leur contrat d'aller enquêter sur la source du signal, les miniers ramènent à bord une créature extraterrestre particulièrement coriace et agressive.

Avis

A mi chemin entre le film de science fiction pur et le thriller horrifique, Alien ouvre les portes aux années 80 qui vont être la décennie privilégiée de ces deux genre. Résolument moderne, le film instaure dés le départ et la séquence d'introduction, un climat pesant et réaliste, beaucoup plus proche de nous que la science fiction venue d'une galaxie lointaine, très lointaine.
  
D'une banale histoire de monstre de l'espace, pain bénit des pulps années 50, le film se bâtit petit à petit sur des fondations solides et justes. D'abord dans le choix de son réalisateur, le très talentueux Ridley Scott, encore jeune à l'époque mais dont le style graphique fort plait aux producteurs. Ensuite, dans le choix de l'artiste HR Giger pour les designs de l'Alien et du vaisseau accidenté. Enfin, par le choix d'une jeune actrice alors inconnue mais pétrie de talent : Sigourney Weaver.

Sachant réellement tirer le maximum de ses atouts, le film qui aurai put être une série B correcte transcende les genres, et inspire une terreur et une fascination jusqu'alors rarement égalée. Avec son ambiance lourde, oppressante, Alien traverse les époques, bien aidé par les nombreux sequels sortis depuis. Aujourd'hui encore, l'un des meilleurs films de SF, malgré les Avatar, les Star Treck, les Guerre des Mondes, Alien garde son trône, car jamais un vaisseau n'a été aussi froid dans l'espace que le Nostromo.





Notation

Réalisation : 10/10

Ridley Scott, ou la classe absolue. Réalisateur surdoué, très élégant, sculpte son image. Alors certes, le grain d'Alien vient de son attirance aux atmosphères brumeuses et suffocantes, et à l'impossibilité de montrer trop en détail le monstre. Mais quelle beauté! Glauque sans être déprimant, l'univers qu'il instaure est à l'image de l'espace. Sombre et froid, comme l'Alien qui l'habite. Les decors du film sont somptueux, grandioses, celui du Space Jockey en exemple, et la créature en elle même tellement impressionnante dans sa façon d'être furtive et létale... Ha, vraiment une photographie et une réalisation sans fausse note.

Son : 8/10
  
Si la musique, assez classique apporte une sorte de mystère et de poésie cosmique, elle aurai gagné à être moins conventionnelle à mon sens. Certes, elle est très discrète, mais manque peut être d'ambition, au contraire des graphismes, comme par exemple le dessin phallique prononcé de l'Alien. Le reste du montage son est splendide. Oppressant, spatial et plutôt angoissant, qu'il s'agisse des bruitages de l'Alien ou de la respiration saccadée de Ripley à la fin du film.
  
Scénario : 10/10

Ce qui m'a toujours étonné dans ce film, c'est à quel point la simplicité du synopsis cachait un scénario aussi riche. Le duo de scénaristes originaux, Dan O'Bannon et Ronald Shusett ont écrit un script très intéressant, et celui ci a réellement su être sublimé par les idées originales, des deux scénaristes ou des producteurs. Au final, a la fin simple et terriblement efficace, qu'on le regarde une fois ou cinquante, le scénario du premier Alien reste, à mon sens inégalé dans l'horreur en SF.
  
Interprétation : 9/10
  
Le jeu de Sigourney Weaver à la fois simple et juste est celui d'une jeune actrice talentueuse. S'il n'a pas l'expérience des vieux briscards, il y oppose en revanche une fraicheur spontanée, on ne peut plus adéquate dans le rôle de cette femme, à la fois forte, mais rattrapée par la fragilité de l'être humain dans certaines situations. Le reste du casting est lui aussi tout en justesse et en simplicité, aidé, il faut bien le dire par les "tours" éprouvants qu'a pu jouer Ridley Scott a son casting au long du tournage (Projections inattendues de sang, asphyxie lors des scènes en scaphandre, gifles non simulées etc.)

Note générale : 10/10

Alien reste mon film préféré. A chaque visionnage je l'aime encore un peu plus. Il a construit une légende, il incarne le monstre de l'espace, à la fois croque-mitaine qui se cache sous le lit, et dangereux envahisseur qui pose sa soucoupe dans votre jardin la nuit, l'Alien est le partenaire idéal de toutes les soirées frisson. En tous points réussi, apportant la consécration à l'un des réalisateurs les plus doués de la période 80's/90's/00's et surement de la décennie à venir encore, ce film est un indispensable dans sa vidéothèque, incontournable de l'amateur de science-fiction, d'horreur, de thriller, ou même de cinéma dans son ensemble. 





"There is an explanation for this, you know?"