22 avr. 2013

Oblivion

Oblivion

Joseph Kosinski
2013

Film : Américain
Genre : Science-fiction post-apo largement référencée
Avec : Tom Cruise, Morgan Freeman, Olga Kurylenko




Synopsis

En 2017, la Terre a été attaquée par les Chacals. L’Humanité a vaillamment combattu pour gagner la guerre, mais la terre était ravagée, ne lui laissant pas d'autre choix que d’immigrer sur Titan. Seuls restent sur Terre Jack et Victoria, deux techniciens chargés de la maintenance des drones surveillant les stations de pompage qui convertissent l'eau de mer en énergie pour le Tet, la station spatiale qui emmènera la race humaine sur sa nouvelle planète d'adoption. Mais Jack qui arpente la seule zone non irradiée de la Terre aux alentours de New York pour y réparer les drones, ne semble pas enclin à vouloir quitter sa planète à la fin de sa mission, malgré la dévastation et les Chacals qui le prennent toujours pour cible, des années après la fin de la guerre. Comme si quelque chose, ou quelqu'un le retenait ici bas.

Avis

Pas vraiment encore une référence du cinéma de SF, Joseph Kosinski a néanmoins un sens de l'image assez particulier. Oblivion est à l'origine un roman graphique qu'il avait imaginé en 2000. En ce sens, le film qu'il en tire est à l'image d'un univers de science fiction imaginé par un jeune de 25 ans, passionné de SF et de graphisme. Post-apocalyptique, esthétique, et ultra référencé.

Post-apocalyptique, oui, car le XXIe siècle est un monde cyber-punk où la menace de destruction totale de la planète est un enjeu majeur qui marque tout particulièrement la jeunesse dont les espérances se sont nettement réduites par rapport à celle de nos aïeux. Le monde d'Oblivion est pessimiste: l'Homme a gagné, mais à quel prix? Celui de sa planète, son foyer... Les vestiges de la civilisation se retrouvent ici ensevelis, dévastés, démantibulés. Et le contraste de la Tour où vivent Jack et Victoria, perchée sur les cimes, immaculée souligne l'infinitésimale bulle de modernité et d'espoir qu'il reste à cette planète. Mais cette bulle parait froide et lointaine. A l'image du Tet.

Esthétique, car la façon de filmer cet univers froid, ses paysages sauvages d'une nature ayant balayée presque totalement les vestiges de l'Humanité, et les effets spéciaux à la fois sobres et vraiment bluffant, relève d'une recherche constante de l'image, digne d'un graphiste de formation apportant son oeil sur le moindre détail, le moindre effet de lumière pour un résultat vraiment léché.

Ultra référencé, parce que malgré la maitrise globale, chaque plan, chaque idée, chaque minute presque du film, est un hommage plus ou moins flagrant à la grande famille du cinéma de SF et plus largement à celui de Tom Cruise auquel le réalisateur s'amuse à glisser quelques clins d'oeil. D'une part, l'univers ne manquera pas de rappeler La Planète des Singes, les Chacals eux sont des sortes de Predators, mais mis en scène comme des hommes des sables de SW, scrutant leur proie de loin avant de l'encercler, la Tour, les drones et le Tet ont quelque chose de Kubrikien, presque effrayants, (une impression de 2001 qui se confirme vers la fin du film d'ailleurs), et sans entrer dans le détail on peu citer pèle mêle d'autres clins d'oeil à The Island, Independance Day, Blade Runner, Moon, de multiples autres images faisant penser à la saga Star Wars, et pour ce qui est de la carrière de Tom Cruise, un chouia de Top Gun avec la poursuite en aéronef, les lunettes ou la moto, du Mission Impossible au début... Et je vous jure que dans tout ça la liste n'est pas encore exhaustive.

Du coup, que faut il penser d'un film comme ça, qui se borne à reprendre des idées à droite à gauche, des plans à tel ou tel film, des lignes de scénario chez telle ou telle référence? Hurler au plagiat et décréter de facto l'inintérêt de ce long-métrage? J'ai préféré y voir une foule d'hommage plus ou moins dissimulés et l'histoire écrite par un jeune d'une vingtaine d'années et qui a la chance de la porter sur grand écran avec un budget colossal quelques 15 ans plus tard. Car si Joseph Kosinski n'est plus un jeune rêveur, son histoire, à l'instar de Luc Besson quand il ébauche le Cinquième Element, elle, date de ses plus jeunes années, et synthétise toutes les influences qu'on y accumule.

En contre-partie, Oblivion récuse une âme qui aurai transporté un bon film de SF au panthéon du genre. Bien que le pari de faire un film plus posé que ce qu'on a l'habitude de voir soit notable, et que d'ailleurs l'équilibre soit bien trouvé entre calme et action (sauf au début) l'absence de réelle "killer idea" ou d'un truc en plus laisse Oblivion au niveau des divertissements très sympathiques, avec une petite mention pour son côté esthétique.




Notation

Réalisation : 9/10

Il faut avouer que le film est beau. Décors et paysages magnifiques, images de synthèse particulièrement réussies, ambiance de Terre meurtrie et désolée vraiment palpable, la réalisation de l'Américain est quasi exempt de reproches. Le coucher de soleil et de Tet sur la Tour 49 laisse rêveur, et on s’imaginerait bien contempler celui ci depuis la piscine en charmante compagnie, je vous l'accorde.

Son : 8/10

La bande son des français de M83 est plutôt discrète, mais passe bien. C'est vrai qu'elle manque parfois d'originalité, me rappelant par moment celle du jeu Mass Effect, mais elle colle à l'ambiance minimaliste et épurée que laisse transparaitre la plastique des images. Et puis même si c'est un peu kitch, Procol Arum et Led Zep c'est cool.

Scénario : 6/10

Sans être sans surprise, le scénario se montre souvent convenu. Les références à nombre de classiques de la science fiction ne sont pas seulement visuelles, et on les retrouve aussi dans l'écriture. Par ailleurs l'histoire ne passe pas à coté de certains clichés franchement ringards qui mettent en scène un Tom Cruise en chemise à carreaux par exemple, ou une demande en mariage scabreuse...

Interprétation : 7/10

Tom Cruise est étonnant de sobriété dans ce film. Moi qui craignait le voir en mode méga super héros seul au monde façon Bruce Will-is Smith, le voila plutôt réservé, pas trop trop bogoss (même s'il a des gonzesses toujours deux fois plus jeunes que lui) il est bien dans ses baskets dans ce rôle au final. Quant au reste du casting, peut être moins mis en valeur par le scénario (dommage que Nikolaj Coster-Waldau garde son coté side-kick badass mais qui s'illustre à peine) moi je retiens quand même le charme d'Andrea Riseborough dont la vivacité et l'expressivité contraste un peu avec Olga Kurylenko, palotte dans le film.

Note générale : 7/10

Oblivion ne sera pas le film de SF de l'année, surtout qu'on attend le second Star Trek, mais il reste une bonne surprise pour les amateurs du genre qui ne seront pas exaspérés par les références quasi continuelles et la convenance du scénario. Et puis, il a sa qualité visuelle pour lui, rendant l'ensemble franchement appréciable quand on n'en attend pas non plus l'impossible.




"That is one pissed off weapon!"

 

8 janv. 2013

Bilan 2012 & Inside Video Games

Bilan 2012 - Inside VG


Désolé, ça fait longtemps que je n'ai pas posté de critique. Je poste moins parce que je regarde un peu moins de films. Rassurez vous en 2013, de nouvelles critiques arrivent. Mais avant cela, avec la nouvelle année, l'heure est aux bilans de l'année écoulée.

En terme de cinéma, l'année 2012 a été marquée par quelques événements sur lesquels je vais brièvement revenir.

The Artist



Les chiffres ont parlé pour le projet d'Hazanavicius et de Langmann. 133 millions de dollars de recettes, presque 10 fois sa mise de départ, et surtout des récompenses à en pleuvoir, avec les plus prestigieuses, cinq oscars majeurs sur dix nominations.

Le film conçu comme un hommage au cinéma muet des années 20-30 a beaucoup plu aux USA mais aussi en France. La qualité était au rendez vous c'est vrai.

Prometheus



Je ne vais pas revenir sur le film. Il a ses partisans et ses détracteurs, et pour le coup, je suis une taupe dans les deux camps. Je lui trouve des cotés qui font de lui le film de l'année, et d'autres qui me donnent envie de crier au scandale et qu'on me rende le pognon des 4 places de ciné que j'ai payé pour y aller (bon en fait, c'est pas vrai, j'ai un abonnement) Mais incontestablement il a marqué l'année pour son style, et en tout cas il a fait parler

The Dark Knight Rises



Une bonne grosse claque blockbusteresque dans la gueule. J'aime beaucoup le ciné de Nolan, et ce film est un très bon Nolan, mais il a ses petits défauts, l'absence relative de Batman dans un bon gros bout, l'awesomeness écrasante de Bane qui tue le film par son charisme à coté d'un Batman un peu trop fade etc. Ouais, enfin j'ai quand même kiffé grave

Ame to Yûki - Ookami Kôdomo Les Enfants loups



LA perle de l'année. Mon film préféré en 2012, meilleur film de japanim' que j'ai vu depuis longtemps, depuis Le Château Ambulant peut être bien. Une claque pas possible, plongée dans le Japon rural et dans la chronique de l'enfance et de la parentalité, concentré d'émotions, limite y m'a fait chialer tiens, c'est pas tous les jours que ça arrive. C'est un peu LE film à voir si vous l'avez loupé parmi tous ceux là.

Skyfall



Chaque nouveau James Bond est un événement. Celui ci peut être un petit peu plus encore car premier réalisé par un metteur en scène oscarisés, Sam Mendes, sorti à l'occasion des 50 ans de Bond, à la fois plus moderne mais également très fidèle à l'esprit original, il n'y a pas à dire, Skyfall est à part. Et un excellent film en outre.

The Hobbit



Peter Jackson est un troll. Je ne parle pas de son aspect, mais je me souviens d'une époque où je trainais sur un forum consacré à l'univers de Tolkien. Il suffisait de deux lettres -PJ- pour troller un topic. En gros il y a deux camps en puissance. Ceux qui avaient lu les livres avant les films, et les autres. L'adaptation du hobbit, si on la pensait confiée à Guillermo del Toro il y a quelques années, qui semblait rassurer certains des plus sceptiques, c'est finalement à nouveau PJ qui s'y est attelé, souhaitant faire dans ses vieux pots, la confiture la plus rentable, avec 3 films épiques emprunts d'héroïsmes et de magie. Finalement la magie retombe un peu tellement ce premier film comble du vide avec de l'air brassé, mais ça marche, ça rapporte, et ça fait parler.


Bien sûr il y a eu plein d'autres moments cinéma cette année dont on pourrait parler mais ceux ci m'ont particulièrement donné envie d'en parler.


Et 2013 alors? Et bien en 2013 je ne vais pas vous parler de films, mais de jeux vidéos! Enfin si, un peu de films quand même, mais j'ai lancé il y a quelques jours un nouveau blog consacré aux tests de jeux vidéos.

Car à la maison, quand je ne regarde pas un film ou une série, en général c'est que je suis vissé devant une console (geek! >-<) et que donc, j'ai des choses à dire. Bien sûr tester un jeu est à mon sens tout sauf une mince affaire. L'univers vidéo-ludique demande beaucoup d'expérience pour l'appréhender. Il fait référence au cinéma, à la littérature ainsi qu'à tout un tas d'autres jeux. Mais quand regarder un film prend 2h, maxi 3h, un jeu est beaucoup plus timide et ce sont des dizaines, parfois une ou deux centaines d'heures qui sont nécessaires pour qu'ils laissent entrevoir tous leurs secrets.

Qu'à cela ne tienne, et pour ce que ça vaut, je me suis lancé. Ca vaut ce que ça vaut, l'avis d'un gamer, mais si parmi vous il y en a qui sont autant passionnés par le monde de la manette que par celui de la place de ciné, je vous donne rendez vous à cette adresse :



2 sept. 2012

Garden State

Garden State

Zach Braff
2004

Film : Américain
Genre : Drame emprunt du cri d'une génération
Avec : Zach Braff, Natalie Portman



  

Synopsis

La vie d'Andrew semble s'être perdue au bord de la route. A 26 ans il cherche encore à lancer sa carrière d'acteur à Hollywood, même si c'est plutôt à la télévision qu'il s'est très légèrement fait remarquer. Un coup de fil de son père le ramène néanmoins à la réalité la plus concrète un matin lorsque celui ci lui annone que sa mère vient de mourir et qu'il doit rentrer dans son New Jersey natal pour les obsèques. Abandonnant ses pilules et son quotidien impersonnel, Andrew retrouve chez lui tous ses amis de lycées presque dix ans après les avoir quitté dans les frasques de l'adolescence. Et puis, alors qu'il se rend chez le docteur il rencontre Sam, cette jeune fille si spontanée et pétillante, qui participe à redéfinir le monde tel qu'il le concevait.

Avis

Il y a beaucoup, beaucoup à dire sur Garden State. Dans un premier temps, il faut souligner l'aspect autobiographique du long métrage de Zach Braff. Écrit et réalisé par le jeune acteur, ce film reprend des éléments clés de sa vie, comme son enfance dans le New Jersey, et sa carrière à Holywood. En conséquence, ce premier film est d'ores et déjà extrêmement personnel et illustre, certes la psychologie de l'acteur-réalisateur, mais aussi une génération entière.

Avoir 26 ans. Le personnage principal et ses amis ont cet âge. L'adolescence et à fortiori l'enfance sont désormais loin, et pourtant peut on parler d'âge adulte lorsqu'on prend la vie comme un jeu, qu'on fait la fête qu'importe les circonstances ou qu'on vit encore au crochet de ses parents? La question est posée. C'est quoi d'avoir cet âge là de nos jours? C'est quoi d'être entre deux eaux, et de se dire qu'on a tous ces trucs qu'on aimerai crier sur tous les toits mais qu'on se contente de ressasser dans sa caboche? C'est d'avoir 26 ans, faire partie de cette génération qui n'a connu aucune guerre, et qui vit dans le monde complètement barré des années 2000-2010.

Andrew Largeman est en quelque sorte le héraut de cette génération. Sa caricature n'est pourtant pas si loin de la vérité. Son caractère effacé, son physique banal en font un monsieur de 26 ans tout le monde. Ses questions, ses doutes, ses certitudes, elles font partie d'un tout qui nous parle, nous la génération Y. En concentrant toutes ses émotions quasi pures dans un film indépendant qui lui tenait particulièrement à coeur, le jeune réalisateur a transcendé la parole de millions de jeunes et le film marche autant en 2003 lorsqu'il est tourné, qu'en 2012 lorsqu'on le regarde, à 26 ans.

Derrière le message générationnel et quasi autobiographique de ce film, Garden State révèle surtout un talent devant et derrière la caméra pour Zach Braff. Ayant légiféré pendant plusieurs années sur ce film, l'acteur principal de la série Scrubs cherchait à se mettre en décalage par rapport à son personnage loufoque de J.D. dans la sitcom a succès, et démontrer que sa génération, bien qu'encore jeune et inexpérimenté, avait du talent. Et c'est plutôt une réussite.

La mise en scène de Garden State trahit dans un premier temps une véritable déclaration d'amour pour sa région de naissance, le New Jersey. Puisque l’État, frontalier de celui de New York dont il est en quelque sorte la banlieue un peu trop tranquille, donne son nom au film, on pouvait se douter que sa présence dans le film se révèlerai plus qu'anecdotique, et effectivement, à travers les nombreux plans en extérieur, on remarque la joie de Zach à filmer ces alignements de lotissements, ces quartiers résidentiels paisibles et la nature verdoyante qui confère au New Jersey sa qualification d’État Jardin, qui est un peu la guest-star de ce film à la distribution tout autant bourrée de talent.

Car la chance de Zach Braff est d'avoir pu s'entourer d'acteurs de renom pour son petit film indépendant, donnant à celui-ci une dimension bien plus importante que celle qu'il escomptait, et la présence de Natalie Portman et de Ian holm, ont très certainement fortement influencé dans la distribution du film aux USA et d'autant plus à mon sens à l'étranger, sans quoi il serai surement sorti chez nous dans quelques salles intimistes fréquentées par les bobos du VIIe de Paris, et les quidams auraient raté ce grand moment de cinéma.

De même, sa bande originale d'une pureté quasiment sans égal s'offre des artistes internationaux comme Coldplay, the Shins ou Simon & Garfunkel et porte sur ses épaules un pan entier de l'ambiance du film si particulière. Car au final, tout passe par l'ambiance entre frivolité et tension dramatique, saupoudrée d'une romance ingénue très très puissante néanmoins.

Par conséquent entre émotion pure, sans non plus tirer sur la corde larmoyante et humour casuel, la vie d'Andrew a cette particularité d'être si commune et singulière à la fois, un peu à l'image de la vie du tout un chacun. En résulte un film brillamment homogène plein de tendresse et à l'ambiance si attachante. 





Notation

Réalisation : 8/10

Simple et délicate sont les qualificatifs peut être les plus appropriés à décrire à la fois l'ambiance mais aussi la qualité apportée par Zach Braff à la réalisation de ce premier film indépendant. Particulièrement efficace auprès de la génération qu'il décrit, le réalisateur livre un film beau, mais qui touche plus particulièrement ses semblables.

Son : 10/10

Soyons subjectifs! J'adore absolument la BO, et l'absence de musique originale, au lieu de pénaliser le film lui donne ce rythme si particulier qu'émaille les somptueuses chansons de la bande originale. Le reste de la bande son repose sur la qualité des dialogues et de l'interprétation.

Scénario : 9/10

Il est certes plus difficile de juger le scénario de Zach Braff que les aspects techniques, car celui ci comporte une bonne part d'autobiographie, et par ailleurs de nombreux passages du films jouent plus sur la personnalité des décors que sur l'histoire qui s'y déroule. Pourtant, les scènes clés lient l'ensemble et donnent une cohérence sans faille au long métrage. Si je regrette un chouia le montage final qui s'épargne certaines scènes à mon sens pertinentes, la possibilité de les voir sur les bonus du DVD rectifie cet aspect pour ceux qui désirent aller plus loin dans leur relation avec ce film.

Interprétation : 9/10

Zach Braff, réalisateur, auteur, acteur portait sur ce projet plusieurs casquettes. Est-ce que cela a altéré son travail de comédien? Non, au contraire il est touchant et sincère. Bien sûr il a écrit son propre rôle, et l'a basé sur de nombreux aspects de sa propre vie. Il y a plus dur comme travail sur le rôle dans ce métier. Néanmoins les émotions passent avec lui, c'est bien l'essentiel. Quant au reste du casting... Natalie Portman a l'un de ses rôles les plus réussis. Bien sûr depuis il y a eu Black Swan, mais à l'époque de la sortie du film je ne l'avais jamais vue si craquante. Et puis Ian Holm, la figure patriarcale tout en retenue et en sobriété... Non, aucun problème sur l'interprétation.

Note générale : 9/10

Dans ce genre ci, Garden State est mon film préféré. Je ne me lasse jamais de le regarder, et surtout, je lui trouve toutes les qualités d'un grand film, et pour du cinéma d'auteur, c'est vraiment impressionnant. Son casting, sa BO, la simplicité des paysages forgeant une ambiance douce et mélancolique, tout cela donne à ce film une saveur si particulière qui me parle. J'ai fêté mes 26 ans le mois dernier, et aujourd'hui, plus que jamais Garden State me parle à moi et à ceux de ma génération.







"You gotta hear this one song, it'll change your life, I swear!"

3 juil. 2012

American Beauty

American Beauty

Sam Mendes
1999

Film : Américain
Genre : Drame américain dans sa splendeur banale
Avec : Kevin Spacey, Thora Birch





Synopsis

Lester se réveille sur une autre jour de sa vie apathique, coincée entre un boulot ennuyeux à mourir pour ne pas soulever son caractère relativement inutile, et sa morne vie de famille qui, bien cachée sous une façade de banalité joyeuse est en réalité tout aussi ennuyeuse et inutile car sa place n'est pas celle d'un gagnant de la tombola de la vie. Mais Lester rencontre Angela, l'amie de sa fille Jane, qui redonne naissance à sa vie d'une manière qu'il croyait perdue depuis une vingtaine d'années.

Avis

Si on peut dire ce qu'on veut sur la cérémonie des Oscars, il y a des crus qui ne mentent pas. On remarque parfois que la postérité ne retient pas les films primés, trop ancrés dans un état d'esprit pour être intemporels. Mais certains savent tirer de cette mortalité l'essence qui les fait entrer dans la légende.

American Beauty, sur de nombreux niveaux est un film typique d'une époque, et d'un romantisme mélancolique qui a donné d'autres chefs d'oeuvres comme Requiem for a Dream la même année ou American History X. On y retrouve cette fresque d'une Amérique des classes moyennes qui cache ses irrégularité par une façade de normalité difforme jusqu'à ce que celle ci devienne grotesque, un peu à la manière de ces "family portraits" montrant l'époux régalien la femme dévouée et les enfants souriants sur fond uni.

Mendes va en réalité mettre chacun de ses personnages sur deux pieds d'égalité face à face, l'un "normal" et obligatoirement faux, et l'autre "freak", comme deux faces d'un miroir l'une bien propre sur elle, l'autre déformée, mais qui démontre bien que chaque être humain est anormal et unique à sa façon, et c'est là la beauté évoquée du titre du film, à la manière dont Angela, si effrayée par la normalité se veut splendide et extraordinaire.

Bien sûr, en toile de fond il y a cette critique acerbe de la société de la perfection à l'Américaine, incarnée de fort belle manière par le monde de l'immobilier dans lequel exerce la femme de Lester, Carolyn, et le plus emblématique de ses représentants, Buddy Kane qui admet ouvertement que pour draguer le succès il faut en renvoyer une image de réussite au préalable. Toute l'ironie et le cercle vicieux ce monde éléphantesque dans les cercles aisés de la banlieue américaine. Il fallait bien dépeindre le quotidien de ces bourgades tranquilles avant les Desperate Housewives.

Le personnage de Lester, au centre de l'histoire nous accompagne dans sa transition entre le paraitre et l'être, nous donnant au passage l'occasion de réaliser à quel point l'hypocrisie latente de son univers et sa futilité le menace, mais il nous rassure dès les premiers instants, le film se ponctuera par sa mort. Il nous le rappelle également avant le dernier acte, des fois qu'on ai oublié au cours du film son funeste destin, et qu'on ne soit ainsi pas surpris. Lester est un homme prévenant, n'est ce pas? Mais à la manière de la physionomie toute entière du film, la fin pouvant s’apparenter en en final tragique revêt dans son miroir déformant un caractère "happy", qui résume amplement toute la substance et l'intérêt de la double lecture du long métrage.

La facilité qu'a le réalisateur à faire passer son propos est sûrement imputable à la remarquable écriture du film qui ne se permet pas de fausse note, gardant toutes les informations à notre niveau, sans pour autant négliger la narration de l'histoire quotidienne et le ressenti de chacun des personnages, mais c'est aussi particulièrement grâce à l'aisance esthétique dont il fait preuve.

Couleurs de printemps et d'automne tout à la fois, le film semble s'étirer sur une longue mi-saison offrant une banalité graphique qui elle aussi se détache en détails d'une extrême beauté, représentée par le rouge vif, de la porte, des roses, des lèvres d'Angela... Ce code couleur pour représenter la beauté nichée dans un cocon de banalité douce amer comme une fraiche nuit de printemps sublime chaque plan du film même lorsqu'il n'est pas présent.

Le décor ainsi planté, les acteurs s'en donnent à coeur joie (plus au sens figuré néanmoins) car il ne leur reste plus qu'à faire de leur mieux pour convaincre de leur ambivalence et de leur beauté inexprimée. En cela, la quasi totalité du casting réussi haut la main, portés dans leur étrangeté par la puissance de l'ironie du choix des thèmes musicaux, dernier gros point fort du film.

Ainsi, se dotant de tous les atouts nécessaires à la réalisation d'un grand film, Sam Mendes signe son "Fight Club" avec brio, et ancre American Beauty dans le Panthéon des réussites à l'ambiance inimitable qui dégagent un parfum de nostalgie mélancolique.





Notation

Réalisation : 9/10

Tout en justesse et en maitrise, sans effets grandiloquents, avec un peu d'imagination, et de recherche de la beauté, Sam Mendes parvient à réaliser un film d'un grand esthétisme sans longueur malgré la fresque sociale qu'il dépeint, et ce pour un premier film. Congratulations. 

Son : 9/10

La bande son qui rappelle un peu les mélodies des Sims semble souligner la normalité des protagoniste, mais elle se révèle très touchante et juste pour la musique originale, autant que pour les morceaux emblématiques de chaque personnage ou le générique de fin. C'est juste super agréable à écouter.

Scénario :  9/10

Qualité d'écriture, qualité de l'histoire, qualité des personnages, le tout dans les règles de l'art avec une complexité ni trop profonde ni trop légère afin que chacun puisse lire entre les lignes sans pour autant comprendre le fin mot de l'histoire dès la sixième seconde, American Beauty est un modèle du genre qui prouve que le cinéma américain ne fait pas que dans le blockbuster débile.

Interprétation : 9/10

Kevin Spacey for the win! Récompensé d'un oscar à juste titre, l'acteur Américain incarne ici l'un de ses plus beaux rôles (malgré sa très impressionnante filmographie!) dans la peau de ce type banal qui passe sa crise de la quarantaine d'une manière finalement normale, aussi absurde qu'elle puisse paraitre. Heureusement, il n'a pas à en faire trop car qu'il s'agisse d'Anette Bening, de Thora Birch de Wes Bentley ou Mena Suvari, tous les acteurs sont justes et pile à leur place.

Note générale : 9/10

Si j'étais un chouia trop jeune pour le voir à sa sortie, je me rappelle l'effet que m'a fait ce film la première fois que je l'ai vu. Une sorte de frisson glacé a parcouru mon échine sur la dernière image de la banlieue sans histoires dans laquelle se déroule le script. Sans atteindre la perfection, ce film est simplement beau, comme son nom l'indique, dans tous les sens du terme. Particulièrement équlibré (ce qui lui valu 5 Oscars et 3 autres nominations, dans des domaines très différents, aussi bien techniques que scénaristiques et d'interprétation, mais surtout le doublé meilleur film et meilleur réalisateur) American Beauty se laisse regarder aussi bien dans les froides soirées d'hiver un fond du canapé, que lorsque l'air est, comme ce soir électrique. Un film dont le mérite n'est pas volé une seule seconde.





"I don't think there's anything worse than being ordinary"